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dimanche 11 avril 2010

Les utopies modernes

 Twitter, Facebook, Wikipédia. Pas un jour ne passe sans que l’on annonce que ces sites internet ont révolutionné notre manière de communiquer, de nous informer, et in fine notre mode de vie. Récemment, c’est le huis clos volontaire de cinq journalistes qui pendant cinq jours disposaient de Twitter et Facebook pour toute source d’information qui a fait la une de l’actualité. Les uns s’enflamment pour cette révolution du web 2.0 dont d’autres dénoncent les dangers. Difficile de démêler le vrai du faux dans ce débat où s’expriment surtout ceux qui ignorent tout du sujet.

456px-Insel_UtopiaLe point commun essentiel entre Twitter, Facebook et Wikipédia est leur ambition – ou celle qu’on leur prête - de rendre le monde meilleur, que ce soit en favorisant l’accès à la connaissance (Wikipédia), à l’information (Twitter) ou la communication avec autrui (Facebook). Peut-être est-ce parce que les utopies ont toujours fait peur que ces sites déchainent aujourd’hui les passions ? Retour sur un phénomène nettement moins neuf qu’il n’y paraît.

Un vieux serpent de mer…

L'utopie est une représentation d'une réalité idéale et sans défaut. Le terme a été forgé par Thomas More pour qualifier le type de société idéal qu’il décrit dans son ouvrage Utopia. Bien d’autres auteurs vinrent à sa suite pour décrire à leurs lecteurs la société qu’ils appelaient de leurs voeux. Avec le recul, on se rend compte que ces sociétés n’ont de parfait que l’apparence, voire que le rêve peut carrément se transforme en cauchemar. Ainsi, dans la Cité du Soleil, Tommaso Campanella va jusqu’à prôner l’eugénisme. Comme un signe des temps, depuis le XXème siècle, l’on se méfie des mondes parfaits : Brave New World, d’Aldous Hurley et 1984, de Georges Orwell ont montré le danger de ces sociétés qui tendent à nier l’individu, sacrifié sur l’autel de ce qui est présenté comme le bien commun, donnant ainsi ses lettres de noblesse au genre dystopique.

… qui toujours refait surface

Même si elles se font désormais beaucoup plus discrètes, les utopies n’ont pourtant pas totalement disparu. Pour les retrouver, il suffit de se rendre sur la toile. Prenons le cas de Wikipédia. Le site fondé par Jimmy Wales a pour projet, rappelé à l’occasion d’un nouvel récent appel aux dons, d’arriver à un monde dans lequel chaque personne pourrait partager librement l'ensemble des connaissances humaines.

Twitter serait, quant à lui, capable de faire vaciller les tyrannies, bousculer les puissants et j’en passe. On y voit la nouvelle source d’information, immédiate et omnisciente. Après tout, c’est là que se qu’ont été publiées les premières informations sur les attentats au Pakistan et l’amerrissage de l’Airbus sur l’Hudson.

… pour le meilleur et pour le pire

Pour les partisans de Wikipédia et Twitter, la cause est entendue : ces sites sont des moyens d’améliorer le dialogue et, partant, la compréhension entre les peuples. Mais en les parant ainsi de mille vertus, ne risque-t-pas de brûler par la suite ce qu’on tant a adoré ?

De fait, ces sites possèdent nombre de détracteurs. Ceux qui sont nés avant la révolution numérique, rejoints par les médias dits traditionnels qui voient en ces sites de dangereux concurrents, ont beau jeu de souligner les lacunes de sites qui n’en sont encore qu’à leurs balbutiements.

On reproche à Wikipédia son exhaustivité qui place sur le même pied un article sur l’Histoire de France et le récit du dernier manga en vogue. On dénonce les possibles fraudes et les détournements d’articles. En réalité, ceux qui critiquent Wikipédia n’ont pas intégré son mode de fonctionnement : c’est à celui qui relève les erreurs d’un article de les corriger. Pourtant, on continue d’interdire aux enfants de se servir de Wikipédia, au lieu de leur apprendre à utiliser avec discernement ce nouvel outil. Ne reste alors qu’un sentiment général de défiance, au détriment de l’esprit critique qui devrait permettre de séparer le bon grain de l’ivraie.

Les déçus de Twitter ne manquent, eux, pas d’arguments : les discussions y tiennent davantage des discussions de comptoir que du Café de Flore, et le fait de s’en tenir à 140 caractères, espaces compris, n’est pas sans favoriser une certaine paresse intellectuelle, et la superficialité qui va avec. Encore que ce dernier point soit discutable, la concision n’étant pas en soi pas un défaut. Nous avons tous fait cette expérience : nous pestons contre les sujets de rédaction imposés, tout en restant en panne d’inspiration lorsqu’on nous laisse libre choix du sujet.

Quant à Facebook, qui est essentiellement critiqué pour les problème de respect de la vie privée qu’il pose, j’ai déjà eu l’occasion ici et de dire tout le mal que j’en pensais, il ne me paraît pas nécessaire d’y revenir.

A l’heure de conclure

Loin de n’être qu’une lubie de technophile, l’importance croissante que l’on accorde aujourd’hui à des sites comme Twitter, Wikipédia ou Facebook, et l’importance des espoirs que beaucoup placent en eux, tendent à montrer qu’ils sont les véritables projets utopiques actuels.

J’ignore si Thomas More aurait été un fidèle contributeur de Wikipédia, ou Tommaso Campanella complètement accro à Twitter. Il y a peu de doutes que tous deux auraient possédé un profil sur Facebook. Blague à part, le fait que naissent de nouvelles utopies à notre époque que l’on prétend si cynique ne laisse pas de me surprendre. Alors tant pis si derrière les belles idées, ce n’est jamais rien que des mots, avec toutes les imperfections que cela sous-entend : une société qui ne croirait plus en rien serait à mon sens autrement plus inquiétante.

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samedi 12 décembre 2009

It’s in the game

Oblivion 2009-08-09 22-13-44-27 Le chiffre d’affaires des jeux vidéo dépasse depuis plusieurs années celui de l’industrie du cinéma. Il est pourtant encore loin d’avoir obtenu ses lettres de noblesse. Sans doute parce la pratique vidéo ludique reste encore et toujours associée dans le meilleur des cas à un public d’ados boutonneux jouant dans leur coin, au pire à des psychopathes qui y trouvent le lieu idéal pour préparer leur prochain carnage scolaire. Si bien des jeux ne brillent pas précisément par leur originalité et se résument à tirer frénétiquement sur tout ce qui bouge, cette image reste tout de même assez réductrice. Il ne viendrait à personne l’idée de condamner la télévision dans son ensemble en se fondant sur l’indigence des programmes de TF1. Peut-être le temps est-il venu aussi pour les jeux vidéo de séparer le bon grain de l’ivraie ? A l’heure des fêtes de fin d’année et des cadeaux qui les accompagnent, l’occasion est belle de faire un retour sur quelques jeux qui, chacun à leur manière, ont marqué leur époque.

La liberté…

La différence essentielle jeu vidéo et film tient au fait que c’est le joueur qui tient le premier rôle et participe à l’action. Dès lors, la qualité essentielle d’un jeu vidéo réside, pour moi, dans la liberté qu’il laisse au joueur. La plupart des jeux sont constitués d’un long couloir qui mène vers la sortie du niveau et que le joueur est plus ou moins conscient d’emprunter, suivant le talent des développeurs. Pratiquement tous les jeux de tir, Medal of Honor et Call of Duty en tête, reposent sur ce principe : le joueur est sur un rail dont il ne peut guère s’écarter, sous peine de se cogner à un mur invisible ou de se heurter au fatidique game over. Pour éviter la lassitude, les développeurs ont recours à des scripts, c'est-à-dire des événements qui se déclenchent lorsque le joueur passe à un endroit bien précis. Malheureusement, ces derniers, aussi efficaces soient-ils, rendent toute rejouabilité illusoire et ne remplacent pas une intelligence artificielle réellement crédible.

A l’inverse, des jeux comme Deus Ex ou Thief permettaient au joueur d’aborder sa mission à peu près comme il l’entendait. Dans Thief, de façon incompréhensible rebaptisé Dark Project en français, le joueur incarnait Garrett, maître voleur de son état. En bon monte-en-l’air, il préférait commettre ses forfaits dans l’obscurité, tapi dans l’ombre. Le bougre n’a en effet rien d’un colosse, si bien qu’il valait mieux éviter tout accrochage avec l’adversaire sous peine de mort rapide. L’action prend, elle, place dans un monde médiéval-fantastique aussi sinistre que cynique. Chaque mission démarre sur un mode similaire : votre avatar se trouve aux abords d’une imposante bâtisse, à vous d’y pénétrer, d’y dérober un précieux artefact, de vous remplir les poches au passage si vous le souhaitez, enfin de quitter les lieux sans vous faire remarquer. Tenter le passage en force par la grande porte, passer par les toits ou s’introduire par les égouts, pratiquement toutes les solutions sont envisageables, sachant que le chemin qui semble le plus évident est rarement le meilleur. A vous de voir si vous souhaitez employer la violence ou privilégier une approche furtive en évitant les rondes des gardes. Même si c’est parfois difficile, il est tout à fait possible de terminer les missions sans faire usage de la violence. Armé de son arc, son épée et son gourdin, Garrett est un voleur, pas un assassin : rarement vu, jamais pris est sa devise.

750px-Darkmessiah_dragonfire Même si l’on retrouve similitudes avec Dark Project, l’intérêt de Dark Messiah, first person shooter mâtiné de jeu de rôles sorti en 2006, est tout autre. Impossible de perdre son chemin dans Dark Messiah : suivez la flèche, c’est tout droit. Avant de pénétrer dans une nouvelle salle, le rituel est toujours le même : examiner la configuration des lieux pour y déceler les éléments du décor dont nous pourrons tirer parti pour occire notre prochain. Les niveaux sont conçus de telle manière qu’il y ait toujours un précipice ou un feu de camp pour y balancer ses adversaires, voire des pièges que l’on prend un malin plaisir à déclencher après y avoir attiré notre victime du jour. Mais le fin du fin consiste à combiner plusieurs éléments pour en faire un traquenard mortel, comme par exemple enflammer de l’huile au préalable renversée sur le sol. Décapitations, empalements et j’en passe, dans son genre, Dark Messiah pousse le sadisme assez loin. La morale est sauve puisque le bestiaire est constitué essentiellement de morts-vivants, orques, gobelins et autres viles créatures issues de l’heroïc fantasy.

…au service de l’amoralité

J’ai parlé de liberté sur le plan de la progression, mais la latitude qui est donnée au joueur concerne aussi son orientation morale. La plupart des jeux nous imposent dès le départ d’incarner un héros positif chargé de débarrasser le monde de ses pires engeances. Ils sont rares, les jeux plaçant le joueur aux commandes d’un personnage explicitement mauvais. la série des Grand Theft Auto est à ma connaissance une des seules, ce n’est pas par hasard si elle rencontre un tel succès. Jeu immoral par excellence, il nous oblige à poser des actes qui seraient illicites dans le monde physique pour atteindre les objectifs de mission.

Dans les faits, la plupart du temps, c’est encore les développeurs qui déterminent l’alignement du joueur. Mon jeu idéal serait totalement amoral, c'est-à-dire qu’il laisserait au joueur le soin de décider de son orientation vers le bien ou le mal , et dans les deux cas le mettrait face aux conséquences de ses actes, de ses éventuels « mauvais » choix. En conservant son libre arbitre, le joueur devrait alors se poser la question : jusqu’où suis-je prêt à aller pour remplir ma mission ? C’était le cas de Fallout. Plus proche de nous, Jedi Knight : Jedi Academy, jeu d’action utilisant l’univers de Star Wars, laissait le joueur libre de choisir son orientation à la fin du jeu. Vous laisserez-vous corrompre par le côté obscur de la force ? Plus généralement, beaucoup de jeux de rôles laissent également au joueur une part de liberté dans ses actions, ce qui va directement influencer ses rapports avec différentes factions du jeu.

Du rêve…

AssassinsCreed_Dx10 2009-06-02 21-35-58-26 Devenir champion du monde des rallyes, gagner la coupe du monde de football, incarner un assassin au temps des croisades, un tueur à gages ou bien encore un puissant sorcier. Au fond, n’est-ce pas cela que l’on demande à un jeu : nous permettre de faire des choses irréalisables dans le monde physique ? Ce n’est pas par hasard que la plupart des jeux demandent au joueur qu’il prenne part à des actes de violence. Ce qu’il serait socialement inacceptable de faire en vrai, est admissible dans le jeu, parce que ni le joueur ni des tiers n’ont à supporter – physiquement - les conséquences de leurs actes. La mort ne dure que le temps de recharger le niveau. Aussi, ceux qui pensent qu’un personne normalement constituée peut en arriver à confondre les jeux vidéo et la réalité surestiment-ils largement le réalisme des dernières réalisations vidéo ludiques.

Ma théorie se tient dans l’ensemble, mais elle n’explique pas le succès des Sims. Quel intérêt peut-on trouver à simuler ce qu’on peut réaliser dans la vie de tous les jours ? J’ai déjà eu l’occasion de dire que cela restait un grand mystère pour moi. Le fait qu’il s’agisse typiquement du genre de jeu pratiqué par les personnes qui jouent occasionnellement tendrait à indiquer que c’est l’exception qui confirme la règle, mais j’admets que je suis peut-être de mauvaise foi.

… à la réalité

Le jeu vidéo est encore trop souvent considéré comme un simple divertissement, dans le meilleur des cas comme un art mineur. Et pourtant, au niveau des budgets de développement comme du chiffre d’affaires, ce secteur est en plein croissance. Hélas, cette évolution s’est faite au détriment de l’inventivité. Après une période de forte créativité, le jeu vidéo se trouve actuellement partagé entre deux tendances : d’un côté, la volonté de conquérir les joueurs occasionnels, avec la vogue des Guitar Hero, Wii Sports et compagnie ; de l’autre, celle de flatter la rétine des hardcore gamers, avec des titres tels que les derniers Call of Duty qui jouent sur la surenchère hollywoodienne, sans apporter grand-chose en termes de jouabilité. Bien sûr, tout espoir n’est pas perdu, voilà quelques mois a été annoncé le développement de nouveaux volets pour les séries Thief et Deus Ex. Néanmoins, le fait qu’il s’agisse de suites est là aussi symptomatique de la tendance actuelle : minimisation du risque, maximisation des profits.

Pourtant, créer un niveau de jeu vidéo est un art à part entière, que sa vocation ludique ne rend pas moins respectable que la peinture, la sculpture ou même la littérature. Il est tout à fait possible de créer des jeux intelligents, qui posent des questions sur notre société, et font réfléchir leur utilisateur. Viendra ce temps, à mon sens inévitable, où l’on parlera de jeux vidéo d’auteur comme pour le cinéma. Il ne tient qu’à nous, par nos choix dans les rayons, d’en accélérer l’émergence. Là où il y a une demande, il finit toujours par y avoir une offre.

jeudi 4 juin 2009

Voyage au cœur de la Sérénissime assassine

AssassinsCreed_Dx10 2009-06-02 21-35-54-30 La place est noire de monde. En son centre, une potence a été érigée. Encadré par plusieurs gardes, un homme a rendez-vous avec son destin. Une fois encore, la foule se presse nombreuse pour assister à l’exécution. Un homme observe la scène du haut du clocher qui domine la ville. Il porte un long vêtement ample qui lui mange la  moitié du visage. Quelques instants plus tard, notre homme s’approche, se fraye résolument un passage parmi la masse compacte des spectateurs, écartant les badauds d’une main ferme pour parvenir au pied de l’estrade. Mais au lieu de s’arrêter, il franchit alors d’un pas  déterminé les quelques marches qui le séparent du condamné. Avant qu’ils aient le temps de dégainer leur épée, iAssassinsCreed_Dx10 2009-06-02 21-35-58-26l élimine prestement les deux gardes. Puis, d’une frappe bien placée, il expédie leur chef dans l’autre monde.  Alors qu’il recueille la confession de sa cible, l’espace d’un instant le temps semble comme suspendu. Mais déjà l’alerte a été donnée et les gardes en nombre affluent sur la place. Il est temps de prendre la fuite. L’homme prend son élan avant d’escalader la façade d’une maison, il est bientôt sur les toits. Derrière, la poursuite s’organise. L’individu disparait bientôt à la vue de ses poursuivants, opportunément dissimulé parmi un groupe de moines qui passaient à ce moment.

800px-Assassins_creed_assasination C’est par ces images que s’ouvre Assassin’s Creed, jeu envoutant sorti en avril 2008. Préparez-vous à vivre les luttes de pouvoir au temps des croisades en incarnant Altaïr, fier assassin de son état. Même si elle repose sur un gameplay assez classique à mi-chemin entre le jeu de plateformes et de combat, cette nouvelle franchise apporte aussi son lot d’innovations. Comment ne pas citer la gestion de la foule qui peut, selon votre façon de jouer, être votre meilleur allié comme votre pire ennemi. Et puis, il y a l’animation d’Altaïr qui s’accroche à toutes les prises et se déplace avec l’agilité d’un félin. C’est peu dire que le jeu nous en met plein la vie. Altaïr frappe, esquive et virevolte de toit en toit avec une aisance proprement stupéfiante. Alors, un assassin, oui. Mais avec classe.

800px-Assassin's_Creed_SocialStealthEvidemment, il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis sa sortie, et l’on est en droit de se demander pourquoi parler d’un jeu dans les bacs depuis plus d’un an. Tout simplement parce que Assassin’s Creed sera bientôt de retour le 19 novembre 2009, ce qui suscite déjà beaucoup d’attentes chez ses inconditionnels, lesquels ont bien souvent été plus prompts que moi à dégainer. Il faut dire qu’il y a de quoi être impatient. Le terrain de jeu à lui seul vaudra le détour. Songez, rien de moins que l’Italie de la Renaissance : Venise, Florence et la région toscane. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, je découvre la première vidéo de gameplay de ce nouvel opus qui s’annonce, j’en suis désormais convaincu, sous les meilleurs auspices. Nous voila gâtés après la publication de la bande annonce il y a quelques jours. Mais encore faudra-t-il pouvoir y jouer, car à contempler les images, c’est mon matériel qui rend déjà les armes. A voir, car j’ai encore plus d’un tour dans mon sac. Un véritable assassin de s’avoue jamais vaincu.

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samedi 23 mai 2009

Deux ou trois réflexions sur la blogosphère

wordle nuage tags resp blogueur Trop de veille nuit au passage à l’action. J’ai lu trop de flux RSS, de twitts, d’emails, et d’articles en tous genres. Je suis devenu un zappeur, incapable de parcourir un texte autrement qu’en diagonale. Pressé par l’abondance d’informations, je ne prends plus le temps d’approfondir. Je survole, je parcours dans les grandes longueurs. Repérer les mots-clefs est devenu pour moi une seconde nature. En toutes circonstances, je classe, je catégorise, je range dans des tiroirs. Je me nourris de l’information autant qu’elle m’absorbe. J’essaie en vain d’écoper un bateau qui prend l’eau de toutes parts. Le burnout virtuel me guette. Pourtant, il est un mal bien plus grave et pernicieux qui menace la blogosphère.

Personne n’est dépositaire de l’information, mais ce n’est pas une raison pour la détourner pour son profit personnel. Certains se sont d’ailleurs fait une spécialité de la récupération de l’information publiée ailleurs. C’est particulièrement le cas dans la blogosphère high tech où bien des billets ne sont que la traduction de blogs anglophones. Les autres ne font le plus souvent que reprendre à leur sauce une information déjà disponible ailleurs. Et l’on a d’autant moins de scrupules à imiter son voisin que ce dernier a usé du même stratagème pour rédiger son article. Dans les deux cas, il ne s’agit pas à proprement parler de plagiat, mais d’un manque total d’imagination qui ne dit pas son nom. Le comble de l’hypocrisie est sans doute atteint avec ces billets qui, sous couvert de rendre hommage à l’auteur de l’article qui est cité, servent uniquement à faire du remplissage, sans autre objectif que de respecter son quota de publication journalier.

Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver quelques-unes des causes de ces dérives. La concurrence des « social medias » en est une, elle fera l’objet d’un billet séparé. Reste que dans leur volonté de faire de l’audience à tout prix, bien des blogueurs oublient que le but même des blogs est de proposer une valeur ajoutée par rapport aux autres types de publications. Ne négligeons pas nous plus la part de narcissisme qui sommeille plus ou moins profondément en chacun de nous et nous pousse à essayer d’améliorer nos statistiques de fréquentation. S’il est communément admis que pour fidéliser un public, il faut lui donner matière à lire à intervalles réguliers, atteindre le nirvana du blogueur – un billet par jour – qu’il neige, qu’il pleuve, qu’il vente. Le moyen le plus simple d’y arriver est encore de baisser son seuil d’exigence. Alors, la tentation est grande de servir une information de seconde main, de raccourcir les textes, de donner dans un genre purement factuel au détriment de d’analyse. Il est pourtant possible de parler d’un sujet déjà mile fois abordé en l’éclairant sous un jour nouveau.

Ne nous voilons pas la face, dans une société du zapping, nul n’est irremplaçable et le lien qui unit chaque blogueur à se lecteurs ne tient, littéralement, qu’à un fil. Ceci posé, il me parait malgré tout nettement préférable de passer un jour, voire une semaine, sans mettre à jour son blog que d’hasarder de publier un billet médiocre. Après tout, derrière le clavier, c’est toujours un être humain qui enfonce les touches et donne naissance à un texte qui fait sens, pas un gallinacé capable de pondre tous les jours un billet d’un niveau égal. Enfin, je crois.

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vendredi 6 février 2009

Viens chez moi je blogue chez un copain

Chacun chez soi et les hippopotames seront bien gardés, dit le proverbe. Ça vaut aussi pour les blogs.

399px-Formica_high_res Certaines pratiques sur la toile me plongent dans des abîmes de perplexité. La pratique du guest-blogging qui consiste à écrire un billet sur le blog d’un autre en faisant apparaître son pseudo s’est développée ces dernières années. Combien de fois n’ai-je pas lu des propositions du type : « Envoyez-moi un texte et le publierai sur mon blog. » En droit, on appelle ça un contrat léonin, ce qui veut qu’il stipule des obligations disproportionnées entre cocontractants. Autrement dit, les charges sont supportées principalement par l’une des parties quand l’autre en retire tous les bénéfices.

Le guest blogging a ceci de particulier que c’est celui qui est invité qui paie l’addition. L’intérêt pour l’hôte saute aux yeux : obtenir du contenu inédit gratis pro deo, raison pour laquelle la plupart du temps ce dernier exigera un texte qui n’a pas été publié sur le blog de son auteur. En revanche, je ne vois guère le bénéfice que peut retirer l’invité de ce système. Quelques visites dans un premier temps grâce au backlink obtenu, puis le sentiment d’avoir vendu son âme et perdu le contrôle de ses écrits pour pas grand-chose au final.

On ne saurait trop conseiller à celui qui s’aventure dans la voie du guest blogging de bien préciser les limites de la licence qu’il concède au blogueur hôte (mention de l’auteur, interdiction de reproduire le texte, droits réservés…) et de s’assurer du sérieux du blogueur hôte. Mais même ainsi, comment être certain que notre texte ne sera pas publié dans le futur dans un contexte qui en dénature le contenu ?

Si le guest blogging n’a pas mes faveurs, je lui préfère de loin les blogs collaboratifs. Ici, pas d’hôte, ni d’invité : tous les rédacteurs sont chez eux, avec un droit de regard sur le contenu comme sur la forme. Et pas question que quelqu’un tire la couverture à lui. Le respect de chacun est à ce prix.

Je n’ai rien contre le fait de bloguer bénévolement, encore faut-il que personne ne tire un profit, même indirect, de mon activité. La fourmi n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut.

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mardi 23 décembre 2008

10 bonnes et moins bonnes raisons de ne pas commenter les blogs que vous appréciez

 Je m’interroge souvent quand je vois tous ces billets dont le compteur de commentaires reste désespérément bloqué sur zéro. Leur qualité n’étant pas à mettre en cause, quel est donc le mal invisible qui ronge ces blogs ?

wordle nuage tags resp blogueurPersonnellement, il est beaucoup de blogs dont je suis un lecteur régulier et sur lesquels je n’ai pourtant jamais posté le moindre commentaire. Le plus souvent parce que le billet n’appelle pas de commentaire, parce que je ne vois rien à ajouter ou qu’il me parait inutile de poster un simple message de remerciement.

En réalité, je lis encore trop souvent les blogs comme je lirais un journal, en recevant l’information sans rien donner en retour. Encore un de mes vieux réflexes hérités de l’écrit et j’ai comme l’impression que je ne suis pas le seul dans ce cas. Au-delà de ça, il est des dizaines de raisons plus ou moins bonnes qui nous poussent à ne rien faire. Je vous en livre ici quelques-unes :

- Parce qu’il faut s’inscrire et que c’est fastidieux ;

- Parce qu’on préfère conserver l’anonymat ;

- Parce qu’on n’est pas chez nous, et qu’il faut respecter le pré carré d’autrui ;

- Parce qu’on n’a rien d’intelligent à ajouter ;

- Parce qu’on ne se sent pas de taille à rivaliser avec l’omniscience du maître des lieux ;

- Parce qu’on n’est pas capable d’aligner trois mots sans faire de fautes d’orthographes ;

- Parce qu’on est trop paresseux pour empoigner son clavier et se mettre à l’ouvrage ;

- Parce qu’on a peur de déplaire ;

- Parce qu’il est plus facile de critiquer en silence que de corriger les erreurs ;

- Last but not least, parce qu’on manque de temps

De manière générale, une infime minorité de mes visiteurs laisse une trace de leur passage ailleurs que dans mes statistiques. Qu’on apprécie beaucoup ou moyennement un blog, il est pourtant toujours intéressant de placer un bref commentaire à l’intention du blogueur, qu’il s’agisse de simples encouragements ou d’un lien hypertexte visant à compléter le billet original.

Les commentaires sont en effet souvent le seul et l’unique feedback possible de la part de nos lecteurs. Sans cette remontée d’informations, difficile de savoir ce qui marche éventuellement, et surtout ce qu’il y a lieu d’améliorer. Il se trouvera en réalité bien peu de blogueurs pour « casser » un commentateur mal informé ou à l’orthographe hésitante et, si ce type de comportements existe, il est davantage le fait de blogueurs dit « influents » qui peuvent se permettre de perdre des lecteurs. De manière générale, tous les commentaires sont en réalité les bienvenus, et pour peu qu’on y mette la manière, il est peu choses qui ne puissent se dire sous un billet. Là où je suis intransigeant, c’est au niveau du respect des lois et règlements en vigueur. Pour le reste, je n’ai pas le souvenir d’avoir « mangé » un commentateur.[1]

Il y a pourtant loin de la coupe aux lèvres à l’heure actuelle. Si la vie de blogueur ne manque pas de défis, convaincre cette majorité silencieuse de l’intérêt de sa participation est certainement l’un des plus difficiles à relever. Je m’y attèle pour 2008.

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[1] Et de toute façon il n’est plus là pour s’en souvenir.

dimanche 14 décembre 2008

GTA IV : chronique d’un test qui n’a pas eu lieu

GTA IV est un très bon jeu, enfin pour ceux qui ont réussi à y jouer. Récit de mes déboires avec ce qui devait être le jeu de l’année.

800px-Mural_ad_GTA_IV_NYCTout commence par une fastidieuse procédure d’installation qui vous oblige, en vrac, à disposer d’une connexion à l’internet, d’un compte Games for Windows - Live chez Microsoft, et d’un compte Rockstar Games Social Club chez l’éditeur. Paradoxe d’une situation qui veut qu’installer un jeu qui se veut subversif implique de fournir sa date de naissance, son adresse email, voire même son numéro de téléphone. Si le but de lutte contre piratage paraît évident, le résultat l’est tout autant : seul l’acheteur honnête est pénalisé par un système lourd et contraignant, le pirate passera toujours à travers les filtres, fut-ce avec un temps de retard.

Quelques dizaines de minutes plus tard, après validation de la date de sortie du jeu et introduction de la clef qui figure au dos du manuel, on se retrouve prêt à lancer le programme. Arrivée dans le menu des options : résolution bloquée en 800x600, tant pis on règlera ça plus tard. Pour l’heure, c’est parti. Le soft démarre sur les chapeaux de roues : introduction brillamment interprétée, ouf ils ont eu le bon goût de conserver les voix originales en anglais. On retrouve déjà les vieux réflexes, et des images des précédents opus vous viennent plein la tête. Puis, patatras, plus rien. Ou plutôt si, quelques formes ondoyantes à l’écran, la silhouette de ce qu’on devine être des véhicules, quelques vagues polygones à l’horizon, nulle trace d’être humain, pas plus que de Liberty City : le bug graphique dans toute sa splendeur.

Alors on cherche dans les options, on survole les forums et on se rend compte qu’on n’est pas seul. Puis, on se dit qu’il serait plus prudent d’attendre une solution officielle que de remettre son sort à on ne sait qui. Alors au final, on se retrouve seul derrière son écran, avec en main une galette inutilisable en l’état, à maudire cet éditeur qui nous vend un jeu pas fini pour qu’il soit dans les bacs en cette période de Noël. Le pire c’est que je ne pouvais rien faire pour éviter cette situation, Rockstar ne proposant jamais de version de démonstration de ses GTA. Je n’avais donc aucun moyen de me douter que le jeu ne fonctionnerait pas. Et pas la peine d’espérer le ramener en magasin. Je suis pieds et poings liés.

Je ne sais qui de Microsoft, Nvidia, ATI ou Rockstar est le plus à blâmer de cette situation, c’est de toute manière l’acheteur final qui en paie le prix. Un patch vient de sortir, censé régler le gros des problèmes, mais qui pour moi ne règle rien. Des nouveaux pilotes pour les cartes graphiques sont déjà sortis tandis que les apprentis informaticiens squattent toujours les forums avec leurs recettes miracles. Quand bien même l’un de ces artifices résoudrait le problème, il faudra bien qu’un jour les éditeurs et les développeurs comprennent que les joueurs ne sont pas des beta-testeurs et qu’à force de les prendre pour ce qu’ils ne sont pas, ils finiront par tuer la poule aux œufs d’or. J’essaie d’imaginer la même situation dans n’importe quel autre secteur de l’économie : une société pharmaceutique dont les produits empoisonnent les gens et qui s’en sort en promettant de lancer un nouveau produit réparant les dégâts par exemple. Voilà qui ferait mauvais genre.

Pour l’heure, j’ai un peu l’impression de jouer les cobayes pour l’industrie du jeu vidéo, à ceci près que je ne suis pas rémunéré pour ce faire. Au contraire.

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dimanche 26 octobre 2008

Les blogs, l’argent des blogs et le smiley du blogueur

Comment rétribuer à sa juste valeur le travail du créateur de contenus sur l’internet dans un modèle fondé la publicité et la dilution du droit d’auteur ?

04.23-AntVollon-MndOfButter Le dernier billet de Sammy pose à juste titre la question de la rémunération des internautes pour les contenus qu’ils génèrent. Dans un commentaire publié sous le billet initial, j’avais dit de façon un peu lapidaire que le Web 2.0 reposait un principe simple : « je crée, ils empochent. » Je ne tiens pas à passer pour un énième adepte du facteur joufflu, révolutionnaire à ses heures perdues, aussi me parait-il nécessaire de préciser quelque peu ma pensée.

Au même titre que l’accès à l’information marque une des grandes avancées du XXème siècle, la facilité avec laquelle il est possible depuis quelques années de publier du contenu sur la toile aurait de quoi ébahir le visiteur d’un autre siècle. Les moyens de se faire connaitre sont pléthore, je citerai en désordre : les plateformes de blogs, les sites communautaires, YouTube, Dailymotion, Flickr…

Tous ces sites reposent sur un partenariat entre l’internaute et le prestataire de services : le premier amène du contenu, le second fourni les outils d’édition. Pourtant d’importantes différences subsistent : deux types de situations sont à distinguer selon que l’internaute gère seul l’espace ou se contente de publier du contenu sans maitriser le contexte dans lequel il s’intègre.

Dans l’hypothèse d’un internaute plaçant son contenu sur un site tiers, il sera quoi qu’il arrive peu ou prou le dindon de la farce. En effet, l’internaute met ses contenus à disposition sans contrepartie monétaire, et le service internet récupère les dividendes de sa créativité par le biais des publicités qui ne manqueront pas de ceindre sa mirifique production. Voila comment ces sites disposent des contenus, des revenus générés par ces contenus et, cerise sur le gâteau numérique, du sourire du blogueur qui pense avoir fait une bonne affaire en bradant sa création à celui qui lui donnerait le plus de trafic en retour.

Je peux comprendre ce mode de fonctionnement pour des sites comme Flickr ou YouTube : le stockage de photos et de vidéos a un coût, il faut bien que quelqu’un le supporte et comme le site est gratuit, la seule alternative viable pour le moment reste la publicité. Par contre, c’est beaucoup moins tolérable dans le cas de sites qui se font réellement de l’argent sur le dos des créatifs. Non, je ne citerai pas de noms, mais il en est plusieurs qui me viennent à l’esprit. C’est typiquement le cas de certains Digg-like qui se contentent de surfer sur les vagues crées par d’autres sans renvoyer nécessairement de manière explicite vers le contenu dans son contexte original. Non contents de ne pas vous amener de visiteurs, ils risquent également de pénaliser vos relations avec les moteurs de recherche. C’est que l’oncle Google n’aime pas le duplicate content et pourrait fort bien vous le faire sentir. Ça fait cher payé pour avoir eu seulement le tort d’accorder sa confiance un peu trop vite.

Evidemment, il reste possible d’héberger ses contenus sur un espace dont on a la maîtrise et d’être rémunéré pour ce faire. C’est le cas de ce blog où seul votre serviteur décide de la mise en page des billets dont il est l’auteur, du choix des widgets et de la place (ou l’absence de place en l’occurrence) qu’il souhaite accorder à la publicité.

Tout travail mérite salaire et il n’est pas de raison pour que la toile fasse exception à la règle. Bien entendu, par « salaire » je n’entends pas « espèces sonnantes et trébuchantes. » Sauf cas exceptionnel, un blogueur ne vit pas de ses activités sur l’internet, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son travail bénévolement, c’est donc qu’il y trouve son intérêt d’une manière ou d’une autre, qu’il s’agisse de nouer des contacts, de faire connaître ses opinions voire de trouver là une tribune à sa démesure.

Les plus fins observateurs l’auront remarqué : mon blog ne contient aucune publicité, hormis un bandeau pour mon hébergeur, juste retour des choses envers Blogger qui a jusqu’ici toujours eu le bon goût de ne pas m’imposer de disgracieuses bannières. Du reste, je ne me préoccupe pas des rentrées que pourrait générer mon modeste trafic, à quoi bon vendre son âme pour quelques euros à l’année. Partant du principe que je ne tire aucun avantage financier de ma présence sur la toile, il me parait légitime de récuser toute forme d’exploitation commerciale du produit de mes efforts, aussi limités fussent-ils. Je suis attaché au respect de mon droit de paternité et au respect de l’intégrité de mes billets, ce qui signifie que je souhaite qu’on les présente dans leur contexte et en me les attribuant sans ambiguïté. C’est peu dire que dans un internet où tout le monde copie tout le monde et où la réussite d’un blog se mesure à l’aune du nombre d’abonnés à son flux RSS, sans égard à une quelconque notion de qualité, c’est parfois difficile à faire comprendre. Le souci de préserver un minimum de cohérence mérite bien ce menu sacrifice. « Mieux vaut mourir incompris que passer sa vie à s'expliquer », disait le grand Shakespeare. Et comme il a raison.

Bref coup d’œil à travers la fenêtre. Il se fait tard, avec le changement d’heure, la nuit est tombée depuis fort longtemps et la pluie n’en finit plus d’arroser la capitale. Et dire que tout est parti d’un parapluie délicatement posé sur une poubelle. Poésie des choses ordinaires, quand tu nous tiens.

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mercredi 27 août 2008

Facebook, un ami qui vous veut du bien

266px-Facebook.svg Il est difficile d’écrire sur un thème que l’on connaît peu. J’ignorais à peu près tout de Facebook jusqu’à ce que je me rende compte que la majorité de mes contacts y était inscrit. Beaucoup s’y jettent en effet corps et biens, sans être nécessairement conscients des conséquences de leur adhésion. Pourtant, Facebook pose de nombreuses questions, tant au niveau de son mode de fonctionnement que de l’utilisation des utilisateurs.

Pourquoi Facebook ?

Facebook est l’illustration par excellence de ce paradoxe propre au XXIème siècle : on ne connaît plus son voisin, mais on n’hésite pas à balancer sur la toile des informations parfois très personnelles : amis, convictions politiques, religieuses… A croire que la distance induite par l’utilisation de l’ordinateur favorise les rapprochements.

Ce phénomène pourrait se comprendre dans le cadre de l’utilisation courante de l’internet. Après tout, l’anonymat qui y règne de par l’utilisation d’un pseudonyme permet de parler de soi avec une certaine liberté sans crainte des conséquences. Ce n’est pas le cas avec Facebook dont le principe veut justement que chacun apparaisse sous sa véritable identité. Cette condition remplie, on pourra se constituer son réseau et retrouver toutes les anciennes connaissances qu’on avait perdues de vue, volontairement ou non. Et puis il y a les autres, l’immense majorité qu’on ne connait pas dans le monde physique qui vous tend ici les bras. Par une curieuse ironie du sort, l’ensemble forme vos « contacts », quand bien même vous ne communiquez réellement qu’avec une infime partie d’entre eux.

En général, l’étape d’après consiste à rejoindre différentes communautés suivant vos affinités : les fans d’un groupe de rock, du même politicien ou que sais-je. Ensuite, à vous les tests futiles du style : « Quelle pétasse êtes-vous ? » L’intelligence n’en sort pas forcément grandie, mais après tout cela ne me concerne pas. Plus problématique est la question du mode de financement de Facebook. Le célèbre réseau social tire ses revenus des publicités ciblées qui s’affichent sur l’écran des utilisateurs et sont ciblées en fonctions des informations de leur profil. Rien de neuf, Google fonctionne de la même manière (voyez le test) ; à ceci près qu’il est loin de collecter des données aussi sensibles.

Comment ça marche ?

Facebook est donc une véritable mine d’or pour les annonceurs, puisqu’il leur permet d’adresser leurs publicités exactement au public cible, celui qui est le plus susceptible d’acheter le produit vanté. Un menu service qui sera évidemment facturé aux annonceurs au prix fort. Le problème est qu’aujourd’hui nous n’avons aucune garantie quant à l’utilisation des données stockées sur Facebook. En témoignent, les conditions d’utilisation qui comprennent les dispositions suivantes :

« En publiant un Contenu utilisateur sur le Site, vous autorisez expressément la Société à créer les copies nécessaires pour faciliter la publication et le stockage du Contenu utilisateur sur le Site. En publiant un Contenu utilisateur sur tout ou partie du Site, vous concédez expressément à la Société, et vous garantissez détenir les droits nécessaires à cet effet, une licence irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable et pour le monde entier sans rétribution financière de sa part (y compris le droit de concéder des sous-licences), d'utiliser, copier, représenter, diffuser, reformater, traduire, extraire (en tout ou partie) et distribuer ce Contenu utilisateur, à des fins commerciales, publicitaires ou autres, sur le Site ou en relation avec le Site. »

Le danger vient de Facebook lui-même, mais pas seulement. Au Etats-Unis, dans plusieurs affaires de roulage, le ministère public s’est servi du réseau social pour recueillir des informations accablantes pour l’accusé. En France, même si la question ne s’est pas encore posée, Maître Eolas, avocat et blogueur, estime que la même possibilité est ouverte au autorités. Face à cette menace aux contours mal définis, la riposte s’organise. Au Canada, plainte a été déposée contre Facebook pour violation de la vie privée. Chez nous, des voix s’élèvent pour dénoncer la fausse gratuité des réseaux sociaux. D’une manière ou d’une autre, que ce soit via la publicité ou directement, il y a toujours quelqu’un qui finance le service.

Il n’y a pas de repas gratuit, dit le vieil adage, qui peut tout aussi bien s’appliquer au Web 2.0. Il semblerait que, pour s’offrir cette illusion, nombre d’internautes soient prêts à vendre leurs informations à une société qui semble décidée à marcher dans les pas de Google, jusque dans ses contradictions.

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mardi 22 juillet 2008

Les blogs : miracle ou mirage ?

Au commencement était le web réservé à quelques fanas d’informatique. Eux seuls étaient capables de créer des sites et du contenu car ils étaient les seuls à maîtriser les langages de programmation. Par la suite, l’apparition de nouvelles solutions permettant le développement d’applications web comme AJAX, ainsi que la généralisation des ordinateurs domestiques et des connexions à haut débit ont permis à tout un chacun d’apporter sa petite pierre à l’édification de la toile mondiale. Aujourd’hui, on peut en quelques clics de souris créer un blog pour raconter par le menu les aléas de sa vie quotidienne, publier la vidéo du petit dernier qui fait ses premiers pas sur Youtube ou ses photos de vacances sur Flickr.

Pour beaucoup, les blogs illustrent à merveille la démocratisation de la publication sur l’internet. Le miracle s’est opéré sous nos yeux : il ne faut plus être un expert pour créer du contenu. En conséquence, le « user generated content » ou « contenu généré par les utilisateurs » est devenu une réalité depuis quelques années déjà. Je me dois pourtant d’apporter un bémol à ce concert de louanges. Car, pour moi, la démocratisation n’est qu’apparente. S’il est vrai que la barrière n’est plus au moment de la publication, elle n’a pas disparu pour autant. Plus insidieuse, elle prend place en aval, au moment où l’on désire être lu. Pour un blogueur qui réussit et que les médias qualifient rapidement « d’influent.», combien qui se sont arrêtés au bout de trois mois, faute de visiteurs ?

C’est ce que je serais tenté d’appeler la censure par la masse : l’internaute dispose d’un laps de temps fini pour découvrir un nombre de nouvelles pages pratiquement infini. Forcé de choisir, il passe à côté de la plupart des informations. Pour employer une image un peu plus parlante, les blogs sont comme une autoroute permettant de communiquer avec les autres, qui serait faite de plus de bandes de circulation que d’internautes. Les chances de rencontrer des visiteurs sont minimes. Ce phénomène est bien connu des économistes. L’offre est aujourd’hui infiniment supérieure à la demande. Comment s’étonner dans ces conditions que l’audience de la grande majorité des blogs reste confidentielle ?

Dans ce contexte d’explosion de l’offre, ceux qui réussissent - en dehors de quelques privilégiés qui jouissent d’une certaine visibilité sur la toile grâce à leurs activités professionnelles - sont ceux qui maîtrisent l’art du marketing et du référencement. Le marketing va permettre de générer du buzz autour de votre blog, de le faire connaitre. Le référencement va lui permettre de figurer en bonne place dans les résultats des moteurs de recherche. Chacun sait en effet qu’il est rare qu’on cherche au-delà de la première page de Google, le but du jeu est donc d’y figurer en ordre utile.

Le bilan de ces quelques années d’existence des blogs me parait donc nettement plus nuancé qu’on pourrait le croire au premier abord. Si le pouvoir a effectivement quitté les mains des éditeurs au sens large, il a rapidement été récupéré par d’autres experts. Maîtriser les techniques de référencement et le marketing ne s’improvise pas. De ce fait, bien des pépites sont complètement noyées dans la masse. Et n’espérez pas faire faire surface grâce à votre seul talent d’écriture ou l’originalité des thèses que vous défendez : le filtre n’est pas celui de la qualité.

Il serait sans doute souhaitable que la sélection s’opère sur base de critères plus démocratiques. C’est la raison d’être des digg-like qui demandent aux internautes de pousser les articles qu’ils préfèrent en votant pour eux. Les utilisateurs sont placés sur un pied d’égalité et les articles les plus appréciés remontent en page d’accueil. Ce modèle qui fait la part belle à l’action de l’internaute lui-même reste toutefois assez marginal.

Pour l’heure, il est illusoire de croire que les blogs ont véritablement démocratisé l’expression sur l’internet, ils n’ont fait que repousser le problème : désormais tout le monde est publié, mais pratiquement plus personne n’est lu. C’était sans doute le prix à payer pour que tout un chacun puisse exprimer ses états d’âme sur la toile. Encore pourrait-on souhaiter que ceux qui se prévalent des meilleures audiences puissent le justifier par la qualité de leurs billets. Force est de constater que c’est loin d’être toujours le cas.

Qu’en pensez-vous ?

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mardi 8 juillet 2008

Dans les nuages

Des œufs, des nuages, des informations que nous stockons sur nos machines dernier cri et du rapport entre tous les éléments de cet inventaire à la Prévert. Si, si, vous verrez.

Assis derrière mon clavier, je ne peux que me rendre à l’évidence : une large part de ce que j’ai de plus précieux est contenue dans quelques kilos de métal, de plastique et de câbles. Le reste est dans les nuages, disséminé entre les serveurs de Google et bien d’autres. La dématérialisation est devenue une réalité, papier comme cd font désormais figure d’outils dépassés. Les quantités à stocker ont augmenté, mais dans le même temps les possibilités de stockage sont devenues pratiquement illimitées. Les disques durs n’ont jamais été aussi imposants, les ténors de l’informatique comme Microsoft mettent à disposition leurs propres outils gratuits et les disques externes USB voient leur prix fondre comme neige au soleil. Le problème n’est plus de trouver de la place pour stocker ses données, mais de s’assurer que, le jour venu, on sera à même de les récupérer sans dégradation d’aucune sorte.

Toute la question est bien là : comment s’assurer que nos précieuses données ne seront jamais perdues ? L’informatique a fait naître le mythe des données inaltérables, inamovibles, indestructibles. Pourtant, on a beau se protéger avec force antivirus, antispywares, firewalls et autre dérivés, on n’est jamais à l’abri d’un crash de la machine avec perte de données à la clef. Les sauvegardes sur cd-rom et dvd-rom ne sont pas la panacée. Premièrement, parce que contrairement aux idées reçues, les données contenues sur un cd-rom vont s’abîmer beaucoup plus rapidement qu’en les laissant simplement au fond de son disque dur. Deuxièmement, parce qu’en cas de destruction totale de votre habitation (inondation, incendie ou crash de soucoupe volante), le fait d’avoir multiplié les formes de stockage au même endroit ne vous sera d’aucun secours.

Reste la solution du stockage de ses données à distance, dans les nuages. Belle image, qui n’est pas sans soulever nombre de questions cependant. Tout d’abord, quelle confiance peut-on avoir dans son hébergeur ? Placer des données sur les serveurs d’un tiers n’est pas très dangereux dans le cas d’un particulier, mais dans l’hypothèse d’une société il en va déjà tout autrement. Et puis, on ne peut écarter la possibilité d’une faillite de son hébergeur qui rendrait impossible tout accès aux précieuses informations, même si c’est peu probable dans le cas de Microsoft ou Google. Enfin, on n’est jamais à l’abri d’une défaillance de l’internet, ou plus probablement du réseau wifi qui vous permet d’y accéder.

A mesure que s’accroit notre dépendance à l’internet, nous devenons également de plus en plus vulnérables. Rien n’est gravé dans le marbre, pas plus à l’heure de l’internet que dans les siècles passés. Photos, vidéos, musique, documents,… La liste est longue de ce que nous avons à perdre. Face à ce constat, il n’y a pas de solution miracle, même si le simple fait d’être conscient du problème est déjà un premier pas dans la bonne direction. Le second étant de multiplier les sauvegardes sur des supports différents… et pas tous au même endroit. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier reste donc plus que jamais d’actualité.

La blogosphère est-elle machiste ?

Depuis le temps que je blogue, j’au eu l’occasion de me constituer une petite communauté de blogs dont je suis tous les nouveaux articles : un kinois fan de Blogger, un Français qui travaille en Irak, un avocat, un professeur des écoles, et puis beaucoup d’inconnus. Des gens d’horizons très divers, certains vivant en Belgique ou en France, d’autres de l’autre côté de l’Atlantique. Des riches, des pauvres, certainement. Des gens au physique plus ou moins avenant, j’imagine.

Tous des hommes pratiquement, et si peu de femmes. La seule qui exception qui figure dans ma blogroll étant la bien nommée Cogito Rebello. La blogosphère serait-elle machiste ? A croire que le vieux précepte : « Sois-belle et tais-toi » a encore cours à l’heure du tout numérique. A moins que ce ne soit moi qui écarte inconsciemment les blogs de mes homologues féminines. Une piste à creuser…

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vendredi 6 juin 2008

Comment le web change le monde

almul-final.1206599695 Je dois reconnaitre que j’étais sceptique au début. Les semaines qui ont suivi également. Je guettais l’arrivée du facteur, cherchant désespérément entre les publicités et les factures le précieux document. Et puis voila que le jour où je ne l’attendais plus, un paquet blanc m’attend sagement dans la boîte aux lettres. A l’intérieur, le dernier ouvrage de Francis Pisani et Dominique Piotet, intitulé « Comment le web change le monde. »

L'éditeur ayant rempli sa part du contrat, il me reste à accomplir la mienne, ainsi que je m’y étais engagé. J’ai terminé le livre ce matin, et je sacrifie donc bien volontiers à cette formalité.

Quel est donc le propos de cet ouvrage ? Tirer un premier bilan de ce qu’apporte, en bien comme en mal, le Web 2.0 qui fait la part toujours plus belle à la participation des internautes. Ceux qui ont déjà eu l’occasion de consulter le blog d’un des auteurs connaissent sa pensée, les autres apprécieront de découvrir deux experts dans leurs domaines respectifs qui ne voient pas dans ceux qu’ils nomment les webacteurs, des amateurs prêts à leur dérober leur place. De même, ils évitent soigneusement le piège de la religiosité, cette foi inébranlable et irraisonnée dans les vertus du web : le web n’est ni bon ni mauvais, il est fondamentalement amoral. Tout dépend donc de ce qu’on en fait.

Témoin de cette volonté de trouver une troisième voie, la création d’une nouvelle formule pour qualifier l’action des webacteurs, ce que les auteurs nomment « alchimie des multitudes. » De cette manière, on évite les appellations extrêmes du style d’« intelligence collective » ou au contraire de « bêtise des foules. » Les anciens alchimistes prétendaient pouvoir transformer le plomb en or. On sait avec quels résultats. Les alchimistes dont parle le livre sont de ceux qui peuvent changer 1 + 1 en beaucoup.[1] L’alchimie, c’est ce qui se passe quand on fait interagir des milliers d’individus. Les multitudes, c’est vous qui me lisez, c’est moi. Le résultat total dépasse la somme des actions individuelles.

Malheureusement, la participation des foules reste pourtant la plupart du temps mal vécue par ceux qui détenaient le monopole du pouvoir d’informer (mais pas le monopole de l’information.) Il est sans doute plus simple de défendre son pré carré que d’aller voir par soi-même sur la toile si l’herbe y est plus verte. Pourtant, la participation des internautes a déjà fait montre de son intérêt. Comme les auteurs le soulignent à juste titre, lorsqu’on voit une faute dans un article, on écrit au journal pour lui signaler. Après, il en fait ce qu’il en veut et la correction apparaitra au mieux quand tout le monde aura oublié la teneur de l’article originel. Par contre, quand on estime qu’un article de Wikipédia est erroné ou incomplet, ne reste qu’à se retrousser les manches pour régler soi-même le problème. Le résultat sera directement visible. De la même manière, les commentaires d’un blog permettent aux internautes de compléter le billet.

Voilà pour le fond. Rien à redire du côté de la forme. On aurait pu craindre un essai d’experts répandant leur bonne parole du haut d’une tour d’ivoire. Il n’en est rien, les auteurs prennent le lecteur néophyte en nouvelles technologies par la main et réexpliquent en termes simples tous les mots clefs du Web 2.0. Mashup, blog, Wikipédia… n’auront plus de secret pour vous. Les habitués souriront, les autres apprécieront cette volonté d’ouverture même si je reste sceptique quant au fait qu’ils puissent de cette manière intéresser de nouveaux venus.

Au moment de conclure, je voudrais revenir sur la question de l’avenir du web, dont le livre traite également. S’attardant longuement sur le nom à donner au successeur du Web 2.0, les auteurs négligent peut-être le fait qu’une bonne partie de la population mondiale n’est pas connectée, même dans nos pays dit développés. Même parmi les internautes, la plupart ne connaissent du Web 2.0 que Facebook. Je m’étonne tous les jours du nombre de personnes qui prétendent savoir ce qu’est un blog sans être capable d’avancer un début de définition, et ne parlons pas des flux Rss qui restent de grands inconnus pour le commun des mortels. Même chez les plus jeunes. L’écart grandit chaque jour entre ceux qui sont « en ligne » et ceux qui sont « hors-ligne. » Comment le web pourrait-il rapprocher les gens tout en reproduisant dans le monde « dans les nuages » les inégalités du monde physique ? Avant de passer au Web 3.0, le vrai défi sera, à mon sens, davantage de faire sortir du bois cette majorité invisible qui reste désespérément muette.

Sur ces belles paroles, je m’en retourne changer le monde…


[1] 1 + 1 ne font pas 11. On n’est pas chez Jean-Claude Van Damme non plus.

samedi 29 mars 2008

Bloguer, et après ?

Quelquefois je me prends à rêver devant mon écran à tous ces blogueurs dont je lis la prose assidument. Qui sait si parmi eux ne se trouve pas le futur Proust ou Houellebecq ? Dans un grand élan d’immodestie, je songe à celui ou celle que j’aurai contribué à lancer, lisant sa prose désespérée quand personne ne le connaissait, l’encourageant par mes commentaires bienveillants à poursuivre dans la voie qu’il s’est choisi. Seul ou avec quelques autres nous aurions décelé le potentiel entre les lignes maladroitement rédigées à la hâte sur un vieux portable ayant connu des jours meilleurs. Au fond, chaque nouveau billet est une page qui se tourne sous mes yeux et nous rapproche inexorablement de l’éclosion ; d’un petit canard ou d’un cygne gracieux, je ne saurais le dire. Mais, j’en ai l’intuition, quelque chose va se produire.

Alors que certains enterrent déjà les blogs au profit des Facebook et autres sites communautaires, j’ai peine à croire qu’il ne restera rien de ce mouvement. Le cadavre bouge encore et puis, pour paraphraser les grands auteurs (rire sarcastique), quelque chose s’est levé, qui ne s’arrêtera pas. La radio n’a pas tué le journal, la télévision n’a pas anéanti la radio, l’internet n’a pas ruiné la télévision, les blogs n’ont pas phagocyté les sites d’information traditionnels. Tout me porte à croire que les sites communautaires ne tueront pas les blogs. Peut-être seulement leur heure de gloire est-elle passée ou connaissent-ils aujourd’hui leur apogée. Pour ne pas devenir marginaux, il leur faut aujourd’hui évoluer.

La plupart vont disparaitre de leur belle mort, sans fracas de remous, de la même manière qu’ils ont vivoté. D’autres survivront, les meilleurs ou les plus populaires, c’est selon. Cet écrémage, synonyme je l’espère de nivellement par le haut, fait figure de passage obligé pour la blogosphère si elle veut pouvoir prétendre un jour à la reconnaissance qu’elle mérite. Aujourd’hui, si l’on connait beaucoup de figures médiatiques tenant un blog « parce que ça fait bien » et s’en servant de ce moyen comme d’un autre pour entretenir leur popularité, bien peu ont fait le chemin inverse et sont sortis de l’ombre par le biais de leur contributions bloguesques. Il y a bien Catherine Sanderson, mieux connue sous le pseudonyme de Petite Anglaise qui entame depuis peu une carrière d’écrivain, mais j’ai bien peur qu’à l’heure actuelle elle soit l’arbre qui cache la forêt.

La blogosphère ne compte pas de stars, au sens d’une personne dont la notoriété dépasse le cercle auquel elle appartient. Après tout, en dehors des lecteurs réguliers des blogs eux-mêmes, qui pourrait citer le nom d’un seul blogueur ? Certainement pas l’homme de la rue en tout cas, lui qui, à en juger par mon expérience, ignore tout ou presque du fonctionnement d’un blog. Il y a bien quelques figures de proue du mouvement, mais l’immense majorité reste méconnue, loi du genre oblige.

Je m’interroge sur ce qui fait la différence entre ceux dont le blog décolle, et tous les autres, dont le talent n’est pas forcément moindre, mais qui finissent par décrocher, faute de public. Le gros problème des blogs est d’avoir fait croire aux gens qu’on pouvait se passer d’éditeur, ce qui est d’ailleurs totalement vrai. Dépassé le seuil critique de la publication, le problème réside désormais dans la quête du public. En offrant à tous (et c’est très bien) la possibilité de faire connaitre ses écrits dans le monde entier, le nouveau modèle a crée une inflation de l’offre de contenu, quand la demande, comprenez le temps dont disposent les internautes pour découvrir de nouveaux sites, est restée peu ou prou inchangée. Devant cet écueil majeur, beaucoup finissent par sombrer, faute d’avoir littéralement pu trouver leur public.

Puis, il y a les autres, ceux qui, quelque part entre la masse qui renonce rapidement et ceux qui sont en haut de la pyramide, s’accrochent pour ne pas perdre pied et qui, à force de travail et de patience, finissent par s’installer et trouver leur place sur la toile. Difficile de le faire sans perdre son âme, j’en ai vu qui s’y sont brûlé les ailes, devenant ce qu’ils ont toujours dénoncé. En effet, tirer son épingle du jeu requiert de plus en plus des notions de marketing et de publicité tout autant que des qualités d’écriture. Il faut dire qu’il n’y a pas tant de recettes pour augmenter son nombre de visiteurs et que poster des commentaires sur les sites les plus influents en est une des plus efficaces. Dès lors, la tentation est grande pour certains de déposer des commentaires sans rien apporter au débat, uniquement pour squatter l’espace et faire connaitre leur propre site. La ligne rouge est clairement franchie. Et que dire alors de ces blogueurs qui s’associent pour mieux promouvoir leurs blogs respectifs, chacun y trouvant son intérêt, unis dans un même objectif : mieux gruger le lecteur. On atteint ici le paroxysme du cynisme virtuel.

Pourtant, au-delà de ces considérations, j’aime à croire que la plus grande qualité d’un blog reste la personnalité de celui ou celle qui se cache derrière les mots pour mieux tirer les ficelles. A voir le nombre de blogueurs talentueux qui peuplent la toile, je ne doute pas que certains se révèlent par ce biais.

A force de court-circuiter le système, on finit par en faire partie.

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vendredi 8 février 2008

Naïveté ordinaire

Je ne sais pas vous, moi en ce qui me concerne je reçois souvent des mails qui ont fait le tour de la Terre plusieurs fois avant d’atterrir dans ma messagerie. Des messages inopportuns qu’un contact bienveillant a cru bon de me transmettre et qui ont une fâcheuse tendance à se multiplier à l’heure où l’on attend un mail qui, lui, est important.

Confronté à l’intrus, mon premier réflexe est d’abord de vouloir l’effacer. Malgré tout, quand le crime est trop grave ou mon humeur trop mauvaise, je ne peux m’empêcher d’expliquer à l’expéditeur qu’il a été imprudent de m’envoyer pareille missive, mais le mal est déjà fait car mon adresse apparaît dans le listing. Parce que certains se sentent investis d’une mission quasi messianique qui les oblige à m’informer tout ce que la Terre compte de malheurs, réels ou supposés, je ressens à mon tour comme un devoir moral de les informer des désagréments que cause leur comportement. Les personnes concernées se reconnaitront, les autres ne me tiendront pas rigueur de ce message qui ne les concerne pas au premier chef. Je dois ici préciser ces messages ne sont pas seulement une perte de temps, en bout de course se trouve souvent un spammeur qui va récupérer les adresses que de braves gens se sont chargés de récolter pour lui. Directement, cela fait moins rire.

Même lorsqu’il n’y pas d’individu mal intentionné en bout de chaine, les mails sont devenus le moyen le plus facile et le plus rapide de répandre les plus folles rumeurs. Il n’y a guère que le web proprement dit pour rivaliser en ce domaine. Diffamez, diffamez, il en restera toujours quelque chose. Il est vrai qu’une information publiée sur la toile en restera pour ainsi dire éternellement prisonnière. Et quand bien même elle serait effacée du site concerné, rien ne dit qu’elle n’aura pas été reprise sur d’autres, ou plus surement indexée par les moteurs de recherche.

C’est ainsi qu’on sollicite dans des mails l’attention des gens pour retrouver des enfants disparus qui ont été retrouvés depuis longtemps… voire qui n’ont jamais disparu. Ou bien encore qu’on évoque des modes plus ou farfelus d’attraper le virus du sida ou des moyens soi-disant imparables de se faire de l’argent.[1] Le tout jouant, c’est selon sur l’émotivité des gens, sur les peurs des gens, leurs peurs ou l’appât du gain. Toujours sur leur crédulité. En témoignent, les formules menaçantes qui concluent ce genre de missive, du style : « Si tu ne transmets pas ce message à tous tes contacts, tu vas attirer le mauvais œil sur toi et toute ta famille. »

Dit comme ça cela prête à sourire, mais que celui qui n’a jamais cédé leur jette la première pierre. De fait, devant ces menaces à peine voilées, la plupart des gens préfèrent forwarder sans réfléchir le message. Pourtant des parades existent contre ceux qu’on nomme les hoaxes (hoax au singulier), mais il est plus facile de relayer une information non vérifiée que de s’entourer d’un minimum de précautions. Grandeur et décadence de vie moderne…

Tant de naïveté a quelque chose de touchant… tant qu’elle ne s’invite pas sans frapper à la porte de boite mail.


[1] Toute ressemblance avec des mails circulant ou ayant circulé sur la toile est purement volontaire.

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samedi 19 janvier 2008

Le vide, pas le néant

Encore une disparition à déplorer. Il semblerait que la période des fêtes y soit particulièrement propice. Aucun signe avant coureur pourtant et je n’avais pour ainsi dire rien vu venir. Depuis quelques jours, le lecteur de flux rss ne se mettait effectivement plus à jour mais cela n’avait rien de bien alarmant en soi. C’est quand j’ai essayé de me connecter directement sur le site que le verdict est tombé, laconique : La page demandée n'existe pas ou n'est plus disponible !

J’ai perdu cette semaine un de mes blogs préférés, sans avoir pu laisser un ultime commentaire. Il avait intégré ma blogroll sur la pointe des pieds et aujourd’hui il la quitte de la même façon, sans laisser de trace. Une page d’erreur a remplacé les sarcasmes que j’appréciais tant. Pour que celle disparition ne soit pas perdue pour tout le monde, en bonne place figure désormais une bannière pour ce qui ressemble à un service de voyance. Difficile de ne pas y voir un ultime pied de nez au véritable maître des lieux.

Résultat des courses : me voilà orphelin, sans même un lieu pour me recueillir. Il faudra qu’un jour quelqu’un se penche sérieusement sur la question. Pour l’heure, il faudra se contenter du cache de Google. Triste fin. Puisse-t-il au moins reposer en paix au paradis des blogs.[1]

***

On dit qu’ « Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse. » Il semblerait que sur le net ce soi exactement le contraire.


[1] Encore que l’enfer me paraitrait quelquefois plus approprié dans le cas d’espèce, mais qui sait…

mardi 11 décembre 2007

Rançon du succès

Tout allait si bien. Les blogs n’intéressaient personne, qu’une petite communauté d’internautes avertis, avides de nouveautés et en avance sur leur époque. Puis, le web s’est développé, la blogosphère s’est élargie et le public a suivi en nombre. Les publicitaires ont commencé à s’intéresser à ce public, s’apercevant mais un peu tard qu’il avait déserté son fauteuil devant la télévision et ne regardait plus guère les panneaux publicitaires qui bordent nos chaussées.

Le blogueur et l’Homme en général est ainsi qu’il n’aime guère payer aujourd’hui pour ce qu’il recevait hier gracieusement. Les choses sont mal faites. Les banques qui auraient bien voulu faire payer les retraits bancaires aux distributeurs d’argent alors qu’ils étaient gratuits par le passé l’ont compris à leur dépends. Il en va de même en matière de blog et d’éthique. Le public n’acceptera pas de recevoir une information biaisée là où par le passé il recevait une information peut-être pas objective mais en tout cas sincère.

Si je vous raconte tout ça, c’est parce qu’une affaire récente montre que la blogosphère prend une orientation qui ne me sied guère, et je sais que je ne suis pas le seul. Pour l’anecdote, aujourd’hui, ce sont des aspirateurs d’une marque bien connue qui sont vantés dans des billets très flatteurs sur différents blogs. Ce que les auteurs de ces blogs ne disent pas, c’est que la marque en question leur a offert des avantages d’une manière ou d’une autre en échange de ce menu service. Je sais que les blogueurs ne sont pas des journalistes et qu’à ce titre ils ne sont soumis à aucun code de déontologie, je ressens pourtant un certain malaise à observer cette pratique. Est-ce-à- dire que parce que blogueur n’est pas un métier, que tout ou presque est permis ? Y compris tromper ses lecteurs ?

Le minimum quand on accepte des « cadeaux[1] », ne serait-il pas de le mentionner en haut de l’article ? En l’espèce, même cette exigence minimale de respect à l’égard du lecteur n’a pas été respectée. Est-ce une raison pour se draper dans sa vertu offensée ? Oh bien sûr, il n’a pas de quoi fouetter un chat, et il faudrait vraiment être naïf pour croire aux boniments des billets en question. Mais rien ne dit que dans le futur la supercherie ne sera pas mieux réalisée, le forfait restant à jamais méconnu. Sans doute, cela est-il déjà arrivé. Et plus d’une fois.

Tant que de vulgaires tâcherons s’adonneront à l’exercice de la propagande publicitaire, le risque est mesuré et le piège grossier. Que les blogueurs les plus respectés et les plus respectables s’adonnent aux mêmes pratiques, et un grand péril guette la maison blog. Avouez qu’il serait assez pathétique de voir le nouveau moyen de communication que certains voyaient un peu vite succéder aux médias traditionnels s’abîmer dans les mêmes travers que ses aînés quelques années seulement après sa naissance. Sans compter que ce serait donner raison aux plus fervents pourfendeurs des nouvelles technologies. Rien que pour cette raison, ça vaut la peine de se battre. J’ai toujours eu l’esprit de contradiction…

Quand j’y pense, jamais je n’aurais cru me sentir obligé de discourir sur les conflits d’intérêts en matière de blogs, ce sont les circonstances qui m’y poussent. Encore que cyniquement on pourrait y voir la meilleure preuve de réussite de la blogosphère : elle a conquis ses lettres de noblesse, même auprès des publicitaires. On n’a rien sans rien.


[1] Mais peut-être faudrait-il parler d’une forme de corruption passive ?

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dimanche 25 novembre 2007

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Dans la grande lignée des fausses bonnes idées, Blogger lançait récemment un nouveau module pour sa plate-forme de blogs : un slideshow, autrement dit un diaporama. L’utilisateur entre un mot-clef et Blogger se charge de faire défiler au sein du module les images qui répondent à ce critère. Simple et efficace, rien à redire de ce côté-là. Le hic c’est que le système est pratiquement inutilisable sans violer les droits des tiers. Je m’explique. Les photos proviennent de sites de partages de photos dont le plus connu est sans doute Flickr. Problème, les auteurs de ces photos ont consenti à ce que les images soient publiées sur le site de Flickr, pas à ce qu’elles apparaissent sur le blog de n’importe quel utilisateur.

En Belgique, la loi[1] autorise à faire une copie pour soi, encore qu’ici il n’y a pas vraiment de copie puisque l’image est affichée à partir de Flickr. De toute manière, en l’espèce, on dépasse la simple copie puisque par la mise en ligne le blogueur réalise une communication au public, ce que seul l’auteur est habilité à faire. Tout à fait illégal donc. Comme je n’aime pas me contenter de pointer les problèmes et que j’essaye toujours de trouver des pistes pour les résoudre, je vous en propose trois :

  • Premièrement, pour éviter tout problème, on pourrait s’astreindre à n’utiliser que des photos sous licence creative commons, moyennant quoi on peut le plus souvent afficher les photos sur son blog pour autant qu’on en attribue clairement la paternité à leur auteur. attention, toutefois à lire ce que stipule précisément le texte de la licence.
  • Seconde possibilité, contacter le photographe pour lui demander son accord, en espérant qu’il daigne vous répondre, et positivement de surcroit.
  • Si les images creative commons ne vous satisfont pas et que l’auteur de vos photos favorites reste désespérément sourd à vos suppliques, il ne vous reste plus qu’à afficher vos propres photos, en espérant qu’elles seront à la hauteur...

Pour ma part, à l’heure actuelle, le matériau me fait encore cruellement défaut. En attendant de trouver le système infaillible qui me permettra de n’afficher que les photos sous licence creative commons, je renonce à mettre en ligne la dernière nouveauté concoctée par Blogger, au demeurant fort sympathique. J’y reviendrai en temps utile...


[1] Le reste de l’article est basé sur la loi belge, mais j’ai peine à croire que les législations des autres pays européens, la France en particulier, diffèrent sur ce point.

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