Mots clés Technorati : Bruxelles,hiver,neige
lundi 21 décembre 2009
Parfums d’hiver
Mots clés Technorati : Bruxelles,hiver,neige
mardi 1 septembre 2009
Parfums d’été
Pour la dernière fois, Bruxelles a revêtu ses habits estivaux. Déjà, il règne dans les rues de la capitale une ambiance de fin de règne. Sur les trottoirs, les gens se pressent, la circulation automobile reprend peu à peu ses droits, même le métro retrouve ses mauvaises habitudes. Aux abords des terrasses, l’air résonne des multiples dialogues venus de lointaines contrées, donnant au quartier européen des airs de tour de Babel moderne, l’aspect tragique en moins.
Le ciel, lui, s’est teinté cet été d’une couleur inédite, qui semble hésiter entre le jaune et le gris. Trop rares furent les moments où l’astre du jour a daigné pointer le bout de ses rayons, même si le mercure s’est, lui, montré fort généreux de sa personne. La Belgique, qui avait déjà inventé l’été sans chaleur, vient d’innover en proposant la canicule sans soleil. Une conséquence de plus du réchauffement de la planète ? Las, l’étrange épée de Damoclès qui pèse au dessus de nos têtes ne semble pas troubler outre mesure la quiétude de mes coreligionnaires. A toute chose malheur est bon, il faudra bien qu’un jour un habitant se décide à présenter la chose au concours Lépine, je pense qu’il aurait de réelles chances de succès.
Après l’effort, la galère. Travailleurs qui rentrent du boulot, étudiants qui se dirigent vers leur deuxième session, évadés en goguette et j’en passe, le monde entier semble s’être donné rendez-vous dans les entrailles de la Terre. Enfin, le lourd véhicule émerge de son sommeil estival, emportant avec lui son lot de voyageurs déjà fatigués. Les plus à plaindre sont évidement les parents qui viennent de prendre connaissance de la liste des fournitures scolaires, toutes plus indispensables les unes que les autres à la réussite de leur progéniture. Einstein disait que les seules choses infinies étaient la bêtise humaine et l’univers. C’était oublier l’imagination des enseignants.
Le temps semble comme suspendu à l’intérieur de la rame, la même seconde paraît durer éternellement. Puis, chacun retourne enfin à ses activités normales, loin de la touffeur tropicale qui suinte de chaque wagon. Le soleil – où était-il passé celui-là ? – rayonne enfin dans un sursaut d’orgueil, alors que je franchis le seuil de la maison.
Et lorsque vient l’heure de plonger dans les bras de Morphée, il fait bien trop chaud, impossible de dormir. Par la fenêtre, je jette un œil distrait sur le spectacle de la rue. Le vent se lève, le ciel se couvre et, bientôt, l’air se charge de vapeurs mêlées d’essence et de bitume. L’averse tombe alors sans crier gare. Quelques gouttes d’abord, puis vient l’orage, grandiose et inquiétant à la fois. Le tonnerre retentit, des éclairs déchirent le ciel en autant de morceaux. Quelques badauds tentent en vain de trouver un abri de fortune, les autres accueillent ce cadeau venu du ciel comme un rafraichissement salvateur. La pluie ruissèle sur les joues, chassant au passage ce qui reste d’embruns discrètement ramenés de voyage.
Cette fois, le doute n’est plus permis. L’été s’achève, les vacances prennent fin. Il y a dans ce constat comme une pointe de nostalgie, un soupçon d’amertume. Il faudra pourtant bien faire son deuil des bus qui n’arrivent jamais, des rediffusions de la série des Gendarmes et du chocolat qui fond entre les doigts.
Fin de la parenthèse, la grisaille reprend ses droits. Et c’est, ma foi, fort bien ainsi.
samedi 16 mai 2009
Eastpak, Converse et autres dictateurs
Si on parle de code vestimentaire, c’est sans doute parce que les non-initiés n’y comprennent rien. Difficile en effet de prendre la mesure d’un phénomène sans en avoir été partie prenante à un moment où un autre de son existence. Ce qui n’empêche pas fort heureusement d’ironiser sur ses propres travers.
J’ai vu des filles, la démarche mal assurée, se déguiser en femmes, perchées sur des talons trop hauts pour elles. J’ai croisé des mamans qui voulaient se faire passer pour des adolescentes, dans une subtile confusion des genres qui ne dit pas son nom. Je me suis assis en face de clones de quinze ans, une mèche de cheveux dans les yeux, la tête enfouie dans leur col d’où dépassent juste deux écouteurs immaculés. Baskets Converse, pantalon Levi’s, la panoplie du parfait lycéen laisse peu de place à l’originalité. Avec comme touche finale l’incontournable sac à dos customisé de teinte anthracite, vert, rouge, kaki, noir ou gris, peu importe. Toutes les nuances sont admises pourvu que ce soit un Eastpak.
Je souris quand j’entends les nostalgiques de l’uniforme dans les cours de récréation. Pourquoi imposer une tenue spécifique quand une large majorité de jeunes a déjà adopté spontanément des vêtements semblables ? Désormais, la ségrégation ne se fait plus sur la couleur de la peau ou l’origine mais en fonction de la tenue vestimentaire. Saluons ce progrès : la discrimination est devenue une notion purement rationnelle et objective. Si l’on ne choisit pas sa famille, chacun est libre de porter les vêtements qu’il souhaite. Ironiquement, les marques ont donc fait beaucoup plus pour l’égalité des chances que n’importe quelle politique initiée en haut lieu.
Tant pis pour ceux dont les parents ne pourront pas suivre. Les jeunes, qu’on présente le plus souvent comme réfractaires à toute forme d’autorité, sont parfois d’un tel conformisme qu’ils n’ont de cesse d’écarter ceux qui sortent des sentiers balisés. C’est qu’ils ont été à bonne école et sont bien conscients du fait que les marques nous marquent à la culotte et nous collent à la peau comme autant d’inaltérables étiquettes. Alors, lucides, ils tracent leur propre voie en marchant dans nos traces. Il y aura dans un premier temps la tribu à la virgule, ensuite ils croqueront la pomme, puis viendra le temps des anneaux et des étoiles. Voilà comment, lucides, ils suivent le troupeau avec, tatouée quelque part au fond cerveau, la conviction largement vérifiée que les marques leur permettront à tout âge de faire partie de la tribu qu’ils ne trouvent plus ailleurs.
Grégaires on vous dit, mais avec le bon goût d’oublier d’être bêtes.
samedi 11 avril 2009
Les nouveaux méchants
Cogito Rebello tacle Eric Naulleau, Sammy se penche sur le cas du Dr House. Les nouveaux méchants tiennent le haut de l’affiche. Après des décennies de léthargie et de politiquement correct, un petit vent de révolution souffle sur la télévision. Et même si le réveil est tardif, il a le mérite d’exister.
Des médecins misanthropes…
Baskets aux pieds et sourire narquois sur les lèvres, le docteur Gregory House fait figure d’ovni dans la corporation médicale. Sa claudication et son look débraillé tranchent avec ce que l’on s’attend à voir ordinairement de la part d’un disciple d’Hippocrate. A des années lumières de l’insupportable mièvrerie de L’Instit, Hugh Laurie campe un docteur froid, antipathique et totalement dépourvu d’empathie pour ses patients. La recette fonctionne. TF1 réalise ses meilleures audiences du moment avec la quatrième saison de la série. Surfant opportunément sur la vague, même les vrais médecins se servent du phénomène pour faire leur promotion.
J’ai ma petite idée sur les raisons de ce succès. House nous renvoie à l’enfant que nous avons tous été et qui n’hésitait pas à montrer du doigt la vieille dame croisée chez l’épicier affublée d’un bouton sur le nez. Alors on adore le détester, parce qu’il dit tout haut ce qu’on a tous pensé un jour tout bas. Et puis il brise un tabou, celui du docteur, sauveur quasi miraculeux censé regarder ses patients avec les yeux de Chimène. Le médecin fait partie de ces professions sacralisées, au même titre que le curé et l’instituteur. Misogyne, misanthrope, on lui pardonne tout parce qu’il est infirme et brisé par la vie dans tous les sens du terme. Heureusement, c’est aussi et surtout un génial diagnosticien, capable de se remettre en question, même si c’est à contrecœur. C’est déjà pas si mal.
… aux chroniqueurs snipers
Dans un tout autre registre, les francs-tireurs Eric Naullau et Eric Zemmour, véritables porte-flingues de Laurent Ruquier et chroniqueurs littéraires de leur état, font partie de ces aiguillons du PAF à même d’envoyer dans les cordes le plus rôdé des auteurs en tournée promotionnelle. Rien de tel quel la bonne vieille technique du gentil animateur associé au méchant chroniqueur pour susciter des confidences dans l’intimité d’un plateau de télévision. Il y en eut d’autres, de ces improbables duos, avant eux : Guy Carlier chez Marc-Olivier Fogiel, Laurent Baffie chez Thierry Ardisson.
Evidemment, les Naulleau Et Zemmour ne font que tirer sur l’ambulance dans leurs chroniques littéraires. Sans doute est-il plus facile de tirer à boulets rouges sur le livre de Laurence Boccolini, que de s’attaquer à des monstres sacrés de la littérature. Il est vrai que Laurent Ruquier reçoit plus souvent des gens qui écrivent des livres que des écrivains. Et puis au moins, ils ont l’élégance d’adresser leur critiques en face de l’invité, lequel pourra ensuite fièrement exhiber les cicatrices de son corps-à-corps avec les deux comparses. Alors, si les invités vont à l’abattoir, c’est en pleine connaissance de cause et conscients du bénéfice qu’ils peuvent en retirer.
On peut se demander s’il n’est pas excessif de mettre les invités sur la sellette comme ils le font. Moi, je me demande pourquoi la télévision est le seul lieu où les journalistes acceptent de faire la promotion des films, des livres et des disques sans demander aux invités de jouer le jeu en retour ni poser les questions qui fâchent. Vous verrez rarement un film descendu en flammes dans une émission télévision, alors que la même œuvre sera cassée méthodiquement par la critique dans la presse écrite. Non, tout n’est pas merveilleux ni formidable, pour contredire Michel Drucker.
Un succès éphémère
La méchanceté fait aujourd’hui recette, et l’on n’hésite plus à mettre en avant des personnes peu au premier abord, peu amènes. J’ai découvert il y a plus d’un an le blog d’un sociopathe misanthrope, que n’aurait pas renié le Dr House. Malheureusement le blog n’était déjà plus actif lorsque je suis tombé dessus. De fait, la plupart du temps, les accès de franchise, de mauvais esprit et les causeries politiquement incorrectes en général n’ont qu’un temps et chacun de retourner bien vite à ses préoccupations moutonnières. A la vie comme à la scène, jamais les mauvaises langues ne font de vieux os.
lundi 19 janvier 2009
Small is beautiful
Un livre, une chanson, et maintenant un billet.
Quoi de commun entre les démarches d’un jeune américain qui décide de s’enfoncer vers le grand Nord, un chanteur qui dénonce avec l’élégance et la nonchalance qui lui sont coutumières les travers de la société de consommation et un blogueur influent technophile qui choisit de vivre une année en consommant le moins possible ? Rien, à part peut-être une volonté de montrer qu’il est possible de suivre une autre voie.
On peut vouloir vivre autrement… ou le faire. C’était d’ailleurs le slogan qui accompagnait ce très beau spot télévisé pour la Renault Vel Satis, le tout sur fond de musique d’Harry Nilsson. Paradoxalement, il s’agissait d’une grosse voiture, qui a d’ailleurs fait un flop, mais là n’est pas la question. Qui peut encore croire qu’on peut consommer sans cesse davantage pour remplir le vide de nos existences ? Il ne s’agit ni de plaider le retour à la nature, ni de flirter avec la gauche chevelue réactionnaire, encore moins de prôner un retour vers les valeurs religieuses. Dans son billet, Rick Jelliffe tire le bilan d’une année passée à tenter de limiter sa consommation de biens et de services avant de poser cette question très pertinente :
I don't know if a lack of consumerism will be a virtue in these molten-down times (making a virtue out the necessity of belt-tightening and small footprinting) or a flaw (since we need to spend to stimulate our economies.)
Pour répondre à sa question, il est évident que pour faire redémarrer l’économie, il faut redonner confiance aux citoyens et aux entreprises pour les inciter à consommer à nouveau. Les plans d’aide et diverses mesures de relance mis en place par les gouvernements sont l’occasion sont là pour répondre à cet objectif, mais il devraient idéalement servir à redéployer l’économie vers des secteurs économiques et un mode de consommation plus durables,[1] faute de quoi la crise n’aura véritablement servi à rien.
En réalité, j’aurais pu intituler ce billet en ces termes un peu provocants : « Des vertus potentielles de la crise. » Il ne s’agit donc pas tant de consommer moins, que de consommer différemment. Plutôt que de s’échiner à concevoir des voitures électriques dont tant les batteries que le mode de production sont très polluants, il serait plus avisé de changer le mode d’urbanisation pour limiter les déplacements. Travailler depuis chez soi quand c’est possible ou, de façon plus réaliste, vivre près de son lieu de travail. Tant qu’à faire, arrêtons également la sponsorisation à outrance des compagnies low-cost qui parviennent même de ce fait à concurrencer le train sur certaines destinations. Plus généralement, il faut encourager toute initiative qui tend à intégrer le coût environnemental dans le prix des objets que nous consommons, de manière à ce que la solution la moins nocive pour l’environnement soit toujours la moins chère.
Ce n’est pas de changement dont nous avons besoin, mais d’une véritable révolution copernicienne : le coût environnemental devrait être au cœur de tout acte d’achat. Bon, il y a encore du pain sur la planche, y compris pour moi. Après-demain peut-être ?
[1] Je songe par exemple aux primes à la casse qui, bien conçues, relancent la production automobile tout en sortant du parc automobile les véhicules les plus polluants.
mardi 6 janvier 2009
La couleur de la crise
La période des fêtes de fin d’années est propice aux bilans de toutes sortes. Allez savoir pourquoi, quelqu’un a décidé qu’à date fixe on solderait les comptes chaque année. Bien sûr, l’année nouvelle est déjà bien entamée, mais il n’est jamais trop tard pour cracher dans la soupe, c’est juste une question d’état d’esprit.
Une fois n’est pas coutume, l’année écoulée a été le théâtre de nombreux bouleversements. Si certains ont peur du changement, moi c’est l’immobilisme qui me fait peur. Et j’ai comme l’impression que le monde a évolué alors que notre petite Belgique est restée la même. C’est bien simple, on en est pratiquement au même stade qu’en fin 2007 : l’incertitude quant à une nouvelle réforme institutionnelle qui, tout en paraissant inéluctable, n’a jamais semblé aussi lointaine. La faute évidemment à la crise financière née aux USA qui empêche nos chers politiciens de se pencher sur les vrais problèmes qui intéressent les gens : scinder l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, créer une vignette routière pour chaque région, régionaliser le code de la route…
Paradoxalement, si la menace est venue des Etats-Unis, c’est également de ce côté qu’il faut chercher les signes d’un renouveau. L’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis suscite beaucoup d’espoirs (Trop ?) C’est en tout cas la preuve s’il en fallait que ce pays n’est décidément pas tout-à-fait comme les autres. Pour peu qu’on s’en donne les moyens, beaucoup de choses sont possibles, même s’il reste un certain nombre de tabous au pays de la bière et du chocolat.[1] La petite histoire retiendra que j’ai connu un président américain afro-américain avant de connaître un premier ministre belge francophone. On ne peut pas tout avoir. Cela étant, quand tout va mal, il est bon de savoir que le surréalisme a encore de beaux jours devant lui.
De manière générale, il n’est certes guère plaisant de finir l’année dans la tourmente ; il l’est encore moins de savoir que selon toute vraisemblance la suivante sera encore pire. C’est en tout cas ce que proclament à l’unisson les journaux, la télévision et la presse écrite. D’ordinaire, la méthode Coué sert à se convaincre qu’on peut arriver à un résultat positif. Ici, c’est exactement l’inverse. Et qu’importe si à force de crier au loup les médias risquent de créer ce que tout le monde veut éviter. Crise, pouvoir d’achat, crise, pouvoir d’achat : on nous rebat les oreilles de ces deux formules à longueur de journée.
Voilà pour le discours officiel, car si l’on prend la peine de regarder autour de soi, on constate que la situation est toute autre. Pour la plupart des gens, elle reste inchangée. Elle serait même meilleure que l’an dernier si l’on tient compte de la baisse momentanée du prix des produits pétroliers. Mais voilà, il ne fait pas bon aller contre le sentiment général de morosité. Quoi qu’en disent certains, les magasins sont remplis, les armoires aussi. Il n’y a guère que les motivations pour changer : hier, on consommait parce qu’on avait confiance dans le futur et que tout allait bien, aujourd’hui on consomme pour oublier que tout va mal et qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. On dépense l’argent qu’on a, celui qu’on n’a pas encore et celui qu’on n’aura jamais. Et au niveau des Etats c’est pareil, à plus grande échelle bien entendu. Peu de budgets en équilibre, les déficits qui se creusent, de toute façon nous finirons tous sous les eaux avant de devoir payer la facture.
De fait, il me semble que la situation est un peu plus complexe que certains veulent bien le dire. Tout ne va pas si mal en ce bas monde. Si chacun vit la crise au quotidien, c’est avant tout à force d’en entendre parler chaque soit dans le journal de TF1. A force de mettre des œillères qui nous font voir les choses en noir et blanc, on finit par oublier que tout est gris, désespérément gris. Et alors, un peu de grisaille vaut toujours mieux que la noirceur ambiante, non ?
Je vous souhaite, je nous souhaite une année où l’on arrêtera de parler de crise à chaque instant, dans les journaux, la rue, les journaux télévisés. Bonne année à toutes et à tous, dans le monde physique et dans l’autre.
[1] C’est tout de même plus flatteur que “pays des frites.”
dimanche 26 octobre 2008
Les blogs, l’argent des blogs et le smiley du blogueur
Comment rétribuer à sa juste valeur le travail du créateur de contenus sur l’internet dans un modèle fondé la publicité et la dilution du droit d’auteur ?
Le dernier billet de Sammy pose à juste titre la question de la rémunération des internautes pour les contenus qu’ils génèrent. Dans un commentaire publié sous le billet initial, j’avais dit de façon un peu lapidaire que le Web 2.0 reposait un principe simple : « je crée, ils empochent. » Je ne tiens pas à passer pour un énième adepte du facteur joufflu, révolutionnaire à ses heures perdues, aussi me parait-il nécessaire de préciser quelque peu ma pensée.
Au même titre que l’accès à l’information marque une des grandes avancées du XXème siècle, la facilité avec laquelle il est possible depuis quelques années de publier du contenu sur la toile aurait de quoi ébahir le visiteur d’un autre siècle. Les moyens de se faire connaitre sont pléthore, je citerai en désordre : les plateformes de blogs, les sites communautaires, YouTube, Dailymotion, Flickr…
Tous ces sites reposent sur un partenariat entre l’internaute et le prestataire de services : le premier amène du contenu, le second fourni les outils d’édition. Pourtant d’importantes différences subsistent : deux types de situations sont à distinguer selon que l’internaute gère seul l’espace ou se contente de publier du contenu sans maitriser le contexte dans lequel il s’intègre.
Dans l’hypothèse d’un internaute plaçant son contenu sur un site tiers, il sera quoi qu’il arrive peu ou prou le dindon de la farce. En effet, l’internaute met ses contenus à disposition sans contrepartie monétaire, et le service internet récupère les dividendes de sa créativité par le biais des publicités qui ne manqueront pas de ceindre sa mirifique production. Voila comment ces sites disposent des contenus, des revenus générés par ces contenus et, cerise sur le gâteau numérique, du sourire du blogueur qui pense avoir fait une bonne affaire en bradant sa création à celui qui lui donnerait le plus de trafic en retour.
Je peux comprendre ce mode de fonctionnement pour des sites comme Flickr ou YouTube : le stockage de photos et de vidéos a un coût, il faut bien que quelqu’un le supporte et comme le site est gratuit, la seule alternative viable pour le moment reste la publicité. Par contre, c’est beaucoup moins tolérable dans le cas de sites qui se font réellement de l’argent sur le dos des créatifs. Non, je ne citerai pas de noms, mais il en est plusieurs qui me viennent à l’esprit. C’est typiquement le cas de certains Digg-like qui se contentent de surfer sur les vagues crées par d’autres sans renvoyer nécessairement de manière explicite vers le contenu dans son contexte original. Non contents de ne pas vous amener de visiteurs, ils risquent également de pénaliser vos relations avec les moteurs de recherche. C’est que l’oncle Google n’aime pas le duplicate content et pourrait fort bien vous le faire sentir. Ça fait cher payé pour avoir eu seulement le tort d’accorder sa confiance un peu trop vite.
Evidemment, il reste possible d’héberger ses contenus sur un espace dont on a la maîtrise et d’être rémunéré pour ce faire. C’est le cas de ce blog où seul votre serviteur décide de la mise en page des billets dont il est l’auteur, du choix des widgets et de la place (ou l’absence de place en l’occurrence) qu’il souhaite accorder à la publicité.
Tout travail mérite salaire et il n’est pas de raison pour que la toile fasse exception à la règle. Bien entendu, par « salaire » je n’entends pas « espèces sonnantes et trébuchantes. » Sauf cas exceptionnel, un blogueur ne vit pas de ses activités sur l’internet, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son travail bénévolement, c’est donc qu’il y trouve son intérêt d’une manière ou d’une autre, qu’il s’agisse de nouer des contacts, de faire connaître ses opinions voire de trouver là une tribune à sa démesure.
Les plus fins observateurs l’auront remarqué : mon blog ne contient aucune publicité, hormis un bandeau pour mon hébergeur, juste retour des choses envers Blogger qui a jusqu’ici toujours eu le bon goût de ne pas m’imposer de disgracieuses bannières. Du reste, je ne me préoccupe pas des rentrées que pourrait générer mon modeste trafic, à quoi bon vendre son âme pour quelques euros à l’année. Partant du principe que je ne tire aucun avantage financier de ma présence sur la toile, il me parait légitime de récuser toute forme d’exploitation commerciale du produit de mes efforts, aussi limités fussent-ils. Je suis attaché au respect de mon droit de paternité et au respect de l’intégrité de mes billets, ce qui signifie que je souhaite qu’on les présente dans leur contexte et en me les attribuant sans ambiguïté. C’est peu dire que dans un internet où tout le monde copie tout le monde et où la réussite d’un blog se mesure à l’aune du nombre d’abonnés à son flux RSS, sans égard à une quelconque notion de qualité, c’est parfois difficile à faire comprendre. Le souci de préserver un minimum de cohérence mérite bien ce menu sacrifice. « Mieux vaut mourir incompris que passer sa vie à s'expliquer », disait le grand Shakespeare. Et comme il a raison.
Bref coup d’œil à travers la fenêtre. Il se fait tard, avec le changement d’heure, la nuit est tombée depuis fort longtemps et la pluie n’en finit plus d’arroser la capitale. Et dire que tout est parti d’un parapluie délicatement posé sur une poubelle. Poésie des choses ordinaires, quand tu nous tiens.
mercredi 15 octobre 2008
Misère numérique
On peut voir grand le plus souvent en pure perte, ou la jouer modeste et, qui sait, apporter un début de solution.
Le blog action day est un de ces événements marquants de la blogosphère qui reviennent tous les ans. Le principe : tous les blogueurs sont appelés à publier un billet sur leur blog en rapport avec le thème proposé. Cette année, ce sujet évoqué est la pauvreté, lequel succède à la thématique de l’environnement abordée en 2007. J’imagine que mes éminents confrères vont se précipiter comme un seul homme pour dénoncer avec force la misère des paysans boliviens ou de quelque peuplade namibienne oppressée par la civilisation par définition destructrice. Une délicate attention sans doute, mais qui ne risque pas d’améliorer la situation.
Pour ma part, je préfère me pencher sur un aspect plus méconnu de la question, et sur lequel on peut éventuellement agir directement. Quand on évoque la pauvreté, on songe spontanément à la misère économique, pourtant la pauvreté culturelle fait elle aussi des ravages partout dans le monde. Qui sait par exemple qu’il y a 10% d’analphabètes en Belgique ? Ce taux est d’ailleurs comparable dans les autres pays occidentaux. Comment, dans une société de l’écrit, espérer décrocher un emploi décent sans maîtriser la lecture et l’écriture ?
A ce premier écueil vient se greffer depuis quelques années la notion de fracture numérique. Le fossé se creuse de jour en jour entre ceux qui maîtrisent l’outil informatique et ceux pour qui, pour des raisons financières ou culturelles, il reste un grand inconnu. Et pourtant, il suffirait de si peu d’heures de formation pour que ces personnes soient à même d’effectuer les opérations simples dont elles ont le plus besoin : taper une lettre, envoyer un email, consulter un site internet...
Si rien n’est fait, la situation risque encore de s’aggraver. Une société mondialisée tend vers des échanges de plus en plus souvent virtuels. Quand nous habitons tous aux quatre coins de la Terre,[1] il devient presque impossible de réunir tous ses contacts en un même lieu. Dès lors, la maitrise des réseaux sociaux au sens large (live messenger, Facebook, Twitter…) s’impose progressivement pour parvenir à créer et entretenir son réseau. Qui écrit encore des cartes de vœux pour les envoyer par la poste ? Il reste bien sûr quelques irréductibles romantiques qui préfèrent le contact du papier à la rigueur glacée d’un clavier d’ordinateur, les autres ont vite compris le gain de temps qu’ils pouvaient obtenir en par la voie électronique. Dans ce contexte, il ne fait à mon sens aucun doute que les sites sociaux deviendront dans un futur proche un passage obligé dans la recherche d’un emploi. Certains s’en sont d’ailleurs déjà fait une spécialité. Dans ces conditions, quel avenir pour ceux qui n’auront pas su accrocher le train du progrès technologique ?
Un début de solution viendra peut-être des blogueurs, qui peuvent jouer ce rôle d’interface entre les utilisateurs néophytes et les nouveaux moyens de communication. A moins, bien sûr, que nous ne fassions que discuter entre férus de nouvelles technologies nés avec une souris dans la main, auquel cas nous n’aurions fait que préparer involontairement les inégalités de demain.
[1] Mais oui, la Terre est carrée, vous l’ignoriez ?
lundi 6 octobre 2008
Grandeur et petits travers de YouTube
Tout comme la science, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise. Tout dépend de ce qu’en en fait.
Le concert de Coldplay au Sportpaleis d’Anvers vient à peine de se terminer qu’une dizaine de vidéos du prochain single du groupe, « Glass of Water », fait déjà son apparition sur YouTube. Forcément, l’extrait d’un trentaine de secondes proposé sur le site internet du groupe fait pâle figure à côté. Alors, en attendant de pouvoir se procurer la piste en question dans le commerce en novembre, lorsque sortira le prochain EP du groupe, l’on se satisfera du cadrage hésitant de la vidéo et du son médiocre qui va avec. Faute de grives…
Voila pour les fans, car les autres risquent fort de ne pas acheter le cd, puisqu’ils peuvent écouter la piste autant de fois qu’ils le souhaitent sur le célèbre portail de vidéos. On m’aurait menti, YouTube ne serait qu’une vulgaire machine à fabriquer du piratage ?
J’ai eu la révélation (sans rire) en visionnant la vidéo de ce photographe qui s’est tiré le portrait tous les jours pendant six ans. Je n’ai pas été tellement marqué par la vidéo, j’en avais déjà vu d’autres du même tonneau, mais par la qualité de la piste sonore qui l’accompagne. Reste à trouver l’auteur de la mélodie, dont le nom figure fort heureusement à la fin de la séquence. Une brève recherche dans iTunes plus tard et quelques clics judicieux, me voila en possession du précieux morceau de Carly Comando, le bien nommé Every Day.
Combien de fois ce scénario ne s’est-il pas reproduit, lorsque j’ai découvert une perle au milieu d’un tas de sable ? Quand je vois le nombre de jeunes artistes qui se servent des moyens du web 2.0 pour promouvoir leur travail, je pense que l’ensemble des ayants-droits seraient bien inspirés d’évoluer objectivement ce que peut leur apporter la présence de leurs contenus sur les sites de partage de vidéos avant d’exiger leur retrait séance tenante. Bien plus que le piratage, YouTube encourage surtout l’éclectisme en nous confrontant à des styles musicaux et des artistes vers lesquels nous ne serions pas spontanément allés. En cela, il est susceptible de modifier sensiblement nos goûts musicaux. Un crime bien innocent, me semble-t-il.
mardi 9 septembre 2008
Pauvre petite fille riche
Contrairement à ce que disait Beigbeder, le maître du monde n’est pas une vieille retraitée de Miami. A dire vrai, c’est même tout le contraire.
La planète se passionne pour les prochaines élections présidentielles, même s’il est déjà clair qu’Obama l’emporterait dans tous les pays. Comme pour ménager le suspense, les choses sont un peu plus compliquées aux USA où le candidat démocrate et John McCain sont au coude à coude dans les sondages. Il semble légitime de s’inquiéter du nom de celui qui sera amené à porter le képi de gendarme du monde. Pourtant le véritable pouvoir leur a déjà échappé il y a longtemps.
Le maître du monde n’est pas un chef d’Etat, pas même un dirigeant d’entreprise. Le véritable maître du monde est une femme qui n’a pas trente ans. Elle ne sert aucune cause sinon la sienne, ne dispose pas d’un talent particulier non plus, si ce n’est une capacité certaine à faire parler d’elle, en bien comme en mal. Et puis l’insigne mérite d’avoir compris la première que seule compte l’image.
Sa vie est mise en scène comme un mauvais film et s’étale chaque jour dans les journaux. Elle a fait des films sans être actrice, sorti un album sans savoir chanter, probablement déjà sorti une biographie que quelqu’un d’autre aura rédigé pour elle. Et je ne parle pas de la manière dont elle a acquis sa notoriété. Vous l’aurez compris, c’est de la blonde héritière la plus célèbre de la planète que je veux parler. Paris Hilton, puisque c’est d’elle dont il s’agit, est tout à la foi la cause et le symptôme des maux de notre temps.
Elle est devenue le symbole mondial du mauvais goût, l’image que John McCain utilise pour tacler Barack Obama. En 2007, la photo de son visage en larmes lors de son arrestation par la police a fait le tour du monde et l’on se gausse de ses frasques à longueur d’année. On déteste l’adorer, mais beaucoup la regardent quand même. Certains voyant même en elle un modèle à imiter, une source d’inspiration. C’est elle qui décidera ce qui demain sera « tendance », quelle boîte est branchée, quels vêtements il faut porter. Elle fait et défait les destins, certaines ont acquis leur petite notoriété rien qu’en la fréquentant. Qui peut se targuer d’une telle influence ?
Jusqu’au jour où elle sera remplacée par une autre starlette, plus belle[1], plus riche, plus cynique ou plus arriviste. La populace est un animal ingrat qui se lasse bien vite de ses maîtres. La fortune de Papa dilapidée, les amis d’hier disparaîtront bien vite. Entourés tant qu’ils ont du bien, seuls quand ils n’ont plus rien à offrir, c’est là le triste destin des maîtres du monde. Elle tentera alors d’épouser l’un ou l’autre milliardaire, tandis que l’homme de la rue scrutera sur son visage les traces de sa dernière opération de chirurgie esthétique.
Ruinées et oubliées de tous, voilà comment finissent, les pauvres petites filles riches.
[1] Ça ne devrait pas être trop difficile.
mardi 22 juillet 2008
Les blogs : miracle ou mirage ?
Au commencement était le web réservé à quelques fanas d’informatique. Eux seuls étaient capables de créer des sites et du contenu car ils étaient les seuls à maîtriser les langages de programmation. Par la suite, l’apparition de nouvelles solutions permettant le développement d’applications web comme AJAX, ainsi que la généralisation des ordinateurs domestiques et des connexions à haut débit ont permis à tout un chacun d’apporter sa petite pierre à l’édification de la toile mondiale. Aujourd’hui, on peut en quelques clics de souris créer un blog pour raconter par le menu les aléas de sa vie quotidienne, publier la vidéo du petit dernier qui fait ses premiers pas sur Youtube ou ses photos de vacances sur Flickr.
Pour beaucoup, les blogs illustrent à merveille la démocratisation de la publication sur l’internet. Le miracle s’est opéré sous nos yeux : il ne faut plus être un expert pour créer du contenu. En conséquence, le « user generated content » ou « contenu généré par les utilisateurs » est devenu une réalité depuis quelques années déjà. Je me dois pourtant d’apporter un bémol à ce concert de louanges. Car, pour moi, la démocratisation n’est qu’apparente. S’il est vrai que la barrière n’est plus au moment de la publication, elle n’a pas disparu pour autant. Plus insidieuse, elle prend place en aval, au moment où l’on désire être lu. Pour un blogueur qui réussit et que les médias qualifient rapidement « d’influent.», combien qui se sont arrêtés au bout de trois mois, faute de visiteurs ?
C’est ce que je serais tenté d’appeler la censure par la masse : l’internaute dispose d’un laps de temps fini pour découvrir un nombre de nouvelles pages pratiquement infini. Forcé de choisir, il passe à côté de la plupart des informations. Pour employer une image un peu plus parlante, les blogs sont comme une autoroute permettant de communiquer avec les autres, qui serait faite de plus de bandes de circulation que d’internautes. Les chances de rencontrer des visiteurs sont minimes. Ce phénomène est bien connu des économistes. L’offre est aujourd’hui infiniment supérieure à la demande. Comment s’étonner dans ces conditions que l’audience de la grande majorité des blogs reste confidentielle ?
Dans ce contexte d’explosion de l’offre, ceux qui réussissent - en dehors de quelques privilégiés qui jouissent d’une certaine visibilité sur la toile grâce à leurs activités professionnelles - sont ceux qui maîtrisent l’art du marketing et du référencement. Le marketing va permettre de générer du buzz autour de votre blog, de le faire connaitre. Le référencement va lui permettre de figurer en bonne place dans les résultats des moteurs de recherche. Chacun sait en effet qu’il est rare qu’on cherche au-delà de la première page de Google, le but du jeu est donc d’y figurer en ordre utile.
Le bilan de ces quelques années d’existence des blogs me parait donc nettement plus nuancé qu’on pourrait le croire au premier abord. Si le pouvoir a effectivement quitté les mains des éditeurs au sens large, il a rapidement été récupéré par d’autres experts. Maîtriser les techniques de référencement et le marketing ne s’improvise pas. De ce fait, bien des pépites sont complètement noyées dans la masse. Et n’espérez pas faire faire surface grâce à votre seul talent d’écriture ou l’originalité des thèses que vous défendez : le filtre n’est pas celui de la qualité.
Il serait sans doute souhaitable que la sélection s’opère sur base de critères plus démocratiques. C’est la raison d’être des digg-like qui demandent aux internautes de pousser les articles qu’ils préfèrent en votant pour eux. Les utilisateurs sont placés sur un pied d’égalité et les articles les plus appréciés remontent en page d’accueil. Ce modèle qui fait la part belle à l’action de l’internaute lui-même reste toutefois assez marginal.
Pour l’heure, il est illusoire de croire que les blogs ont véritablement démocratisé l’expression sur l’internet, ils n’ont fait que repousser le problème : désormais tout le monde est publié, mais pratiquement plus personne n’est lu. C’était sans doute le prix à payer pour que tout un chacun puisse exprimer ses états d’âme sur la toile. Encore pourrait-on souhaiter que ceux qui se prévalent des meilleures audiences puissent le justifier par la qualité de leurs billets. Force est de constater que c’est loin d’être toujours le cas.
Qu’en pensez-vous ?
mardi 8 juillet 2008
La blogosphère est-elle machiste ?
Depuis le temps que je blogue, j’au eu l’occasion de me constituer une petite communauté de blogs dont je suis tous les nouveaux articles : un kinois fan de Blogger, un Français qui travaille en Irak, un avocat, un professeur des écoles, et puis beaucoup d’inconnus. Des gens d’horizons très divers, certains vivant en Belgique ou en France, d’autres de l’autre côté de l’Atlantique. Des riches, des pauvres, certainement. Des gens au physique plus ou moins avenant, j’imagine.
Tous des hommes pratiquement, et si peu de femmes. La seule qui exception qui figure dans ma blogroll étant la bien nommée Cogito Rebello. La blogosphère serait-elle machiste ? A croire que le vieux précepte : « Sois-belle et tais-toi » a encore cours à l’heure du tout numérique. A moins que ce ne soit moi qui écarte inconsciemment les blogs de mes homologues féminines. Une piste à creuser…
jeudi 3 juillet 2008
Ceci n’est pas une place royale
En parcourant les titres de mes derniers billets, je me rends compte que je n’ai jamais évoqué un monument du paysage audiovisuel belge. Je veux parler de « Place royale », l’émission qui passe en revue l’actualité des têtes couronnées de Belgique et d’ailleurs et dont le titre est inspiré de la célèbre place éponyme de Bruxelles qui jouxte le Palais Royal.
Pendant que la Flandre crie chaque jour un peu plus son dégoût de la chose monarchique, les francophones, quant à eux, se rassemblent une fois par semaine devant leur petit écran pour suivre, des étoiles dans les yeux, les derniers déplacements des femmes et des hommes de sang bleu. Rien ne vous sera épargné : des visites d’entreprises du monarque aux déplacements les plus périlleux pour l’héritier de la couronne, en passant par les indémodables visites de homes, orphelinats et ateliers protégés pour la reine. Il en faut pour tous les goûts.
Et la présentatrice, coiffure au cordeau et sourire distingué de rigueur, aussi guidée que son décor est vieillot, de lancer les sujets d’une voix monocorde propre à faire s’assoupir le plus zélé des royalistes. Le cérémonial est immuable : générique de musique classique flatteuse pour la touche de chic, puis cette phrase culte, toujours la même : « Bonsoir, et bienvenue dans la somptueuse demeure du duc et de la duchesse… » Suit un improbable nom à charnières multiples qu’on dirait tout droit sorti d’un livre d’Histoire. Le tout sur fond d’images bucoliques des jardins de ladite propriété de « néo-classique-romantique-Louis XV. » Le reste est à l’avenant, toujours dans le plus pur style hagiographique. La reine qui fête se quatre-vingts ans mais reste « toujours jeune et toujours de bonne humeur », le roi dont le sens de l’humour fait des ravages, la princesse qui a toujours les toilettes les plus élégantes.
Vous qui venez pour entendre des ragots, passer donc votre chemin. Ici, on n’évoque aucun sujet qui fâche. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Ce n’est pas la présentatrice qui se chargera de glisser des peaux de banane sous les souliers du monarque, trop occupée qu’elle est à passer la brosse à reluire. Flagornerie à tous les étages et courbettes en tous genres sont de rigueur. Entretenir de bonnes relations avec le gotha était sans doute à ce prix.
Personnellement, je ne sais trop s’il faut rire ou pleurer devant ces images du Prince Charles d’Angleterre flegmatique à souhait au milieu des guerriers maoris ou ces reportages complètement apprêtés de bonheur familial où même les sourires semblent artificiels. Les contes de fées n’existent pas, qu’à cela ne tienne, la télévision est là pour en inventer. Et qu’importe si la reine mère est alcoolique, le prince héritier un coureur de jupons et le roi plus préoccupé par la taille de son nouveau bateau que par le sort de son pays.
La recette marche tellement bien que la télévision publique a décidé il y a quelques années d’adopter une formule similaire, sous la forme de « C’est du Belge. » Une bonne dose de superficialité, du rêve, des paillettes. Que demande le peuple ?
En France, pays des Lumières et des droits de l’Homme, on ne devrait théoriquement pas s’arrêter sur si peu de choses. Une France qui pourtant n’a de cesse de se passionner pour les reines et les rois depuis qu’elle a coupé la tête du sien. Il n’y a qu’à voir le traitement qu’elle réserve à la famille princière de Monaco. Cela n’aurait rien d’étonnant si cet attrait ne touchait pas aussi les plus hautes sphères de l’Etat. Même Nicolas qui peine à enfiler le costume de président au dessus de la mêlée a trouvé chaussure à son pied et princesse à la mesure de sa démesure. La royauté faisait figure de repoussoir pour les Romains qui vivaient sous l’Empire, les Français qui vivent sous la République se passionnent pour les rois et reines. Allez comprendre.
Cela étant, si l’intérêt porté à la chose royale ne se dément pas de part et d’autre de Quiévrain, il se manifeste de manière fort différente. Les Belges francophones s’arrêtent à la grille du domaine royal, quitte à détourner le regard devant certaines interrogations bien légitimes car déterminant le futur du pays, quand les Français frappent déjà à la porte de la chambre à coucher de leur président. Des deux attitudes, j’ai peine à distinguer laquelle est la plus méprisable.
Pour finir sur une note plus positive, la Place royale, la seule, la vraie, celle de la photo, abritera bientôt un musée dédié au peintre Magritte. Le surréalisme a encore de beaux jours devant lui.
mardi 3 juin 2008
Ces chiffres qui nous gouvernent
Le monde est devenu un immense cabinet d’audit. Tout est évalué, contrôlé, comparé : les produits, les idées… les gens. Plus question de sa cacher. Il faut faire mieux, plus, toujours plus. La course à la performance est lancée, sans qu’on sache où elle s’arrêtera.
Les chiffres prennent la mesure de l’Homme, au sens propre comme au figuré. Je lisais il y a peu que des chercheurs s’étaient amusés à calculer que les vers de terre, en fertilisant le sol, rapportaient 700 millions d’euros par an à l’Irlande. D’autres ont estimé le salaire que pourrait gagner une mère au foyer si elle effectuait les mêmes prestations à l’extérieur de la maison familiale. A croire qu’on peut tout réduire à une série de chiffres.
Tiens, je me demande si on pourrait calculer la valeur de mon blog en se basant sur son audience et son autorité. Au fond, je me passerai d’expert. Je ne pense pas que je m’avance beaucoup en tablant sur zéro. Fort heureusement, bien avant Mastercard, Nietzsche disait « Tout ce qui a son prix est de peu de valeur. » Me voila donc virtuellement richissime.
(soupir) Qui est-ce que j’essaie de convaincre ?
mercredi 23 avril 2008
De l’autre côté du miroir aux alouettes
Des anonymes, des stars et de celles et ceux qui font tout pour le devenir.
Jusqu’il y a peu, le chemin pour accéder à la notoriété était long et semé d’embûches. Cinéma, chanson, sport… : les possibilités ne manquaient pas, mais toutes avant pour point de départ d’exiger de la part du candidat qu’il ait accompli quelque chose d’extraordinaire au sens étymologique du terme. Un talent quelconque doublé d’une bonne dose de travail était la condition sine qua non d’une notoriété à laquelle le candidat à la célébrité parviendrait peut-être un jour. La notoriété n’était d’ailleurs envisagée qu’en termes de moyens de vivre de sa passion, jamais comme une fin en soi.
Bien sûr cette voie est toujours d’actualité, mais désormais il existe des raccourcis et ils sont nombreux à emprunter des chemins de traverse. J’en distingue deux, j’en oublie certainement.
A tout seigneur tout honneur, les « filles et fils de » ont une belle carte à jouer qui leur permet de brûler certaines étapes dans leur quête de reconnaissance.[1] Leur voie est pour ainsi dire toute tracée, même si marcher sur les traces de ses illustres ancêtres peut s’avérer périlleux et que d’aucuns souffriront leur carrière durant de la comparaison. On en est revenus de la conception mérovingienne de transmission des qualités par le sang : quelquefois les chiens font des chats.
Il est vrai que tout le monde n’est pas issu d’une tribu d’acteurs. Fort heureusement, la télévision est là pour réparer cette injustice : un passage par la case petit écran et c’est l’assurance d’une notoriété toute provisoire mais sur laquelle les plus malins parviendront à surfer le temps de s’assurer une retraite dorée. Certains sortiront péniblement un disque, d’autres une autobiographie qu’un nègre sous payé aura rédigée pour eux : autant de vaines tentatives de faire oublier les origines de leur gloire mal acquise. De fait, la plupart retomberont dans l’anonymat, racontant à qui veut l’entendre leur gloire passée.
Si je vous parle de tout ça, c’est parce que Ashley Alexandra Dupré, la prostituée qui a fait chuter Eliot Spitzer, gouverneur de l'Etat de New-York vient de se lancer dans la chanson. Auréolée de sa notoriété involontaire, la belle est parvenue à classer deux de ses titres en 1er et 3ème place du billboard américain. Je ne donne pas longtemps avant qu’elle retombe dans l’oubli. Vraisemblablement connaitra-t-elle un destin à la Monica Lewinsky, dont personne ne sait ce qu’elle est devenue. Qui s’en soucie d’ailleurs ?
Les stars sont mortes, vive les people. La peopolisation générale de la société est en marche, donnant l’illusion que chacun a droit à son quart d’heure de gloire, indépendamment de ses qualités intrinsèques ou de son mérite. Aujourd’hui, tout le monde veut sa photo dans le journal et tout le monde est people qu’il soit journaliste, écrivain, politicien ou patron de boite de nuit. Cette inflation de candidats à la notoriété a fait baisser considérablement la légitimité qui s’attache à ce statut. Mais qu’importe, les apprentis vedettes ne se soucient que du résultat. Leur devise ? « Il vaut mieux faire parler de soi en mal que ne pas faire parler de soi du tout. »
Cruelle est la vie qui choisit un quidam au hasard, le sort de son existence ordinaire avant de le renvoyer dans l’ombre qu’il n’aurait jamais dû quitter. Le sort finit toujours pas rattraper ceux n’avaient rien à faire sur le devant de la scène. Au XIXème siècle, le président Lincoln prophétisait : « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps. » Et moi je ne vois toujours rien à ajouter. On est peu de choses.
[1] Au hasard, les héritières de chaînes d’hôtels, par exemple.
samedi 22 mars 2008
Du luxe et de son (in)utilité
Je me souviens d’une publicité en double page d’un magazine qui représentait un superbe appartement au design contemporain, sobre et épuré. Un joli terrain de jeu, mais jusqu’ici rien de bien mémorable. A ceci près que le salon était bordé d’une immense baie vitrée derrière laquelle on distinguait nettement des requins évoluer. Et moi, J’étais fasciné parce que la pub vantait les mérites d’une voiture sans se donner la peine de la montrer. Sous l’image figurait cette question, un peu provocante et conçue comme une pique à ses concurrentes germaniques, « Et si le vrai luxe c’était l’espace ? »
Pas faux, mais un peu court tout de même. Je crois que la question mérite d’être posée. Essayons d’y voir un peu plus clair, si vous le voulez bien. Un peu de futilité de fera pas de mal, à l’heure où les gens n’ont que l’expression « pouvoir d’achat » à la bouche.
Le luxe c’est de naviguer sur un bateau à voile quand la plus modeste des barques de pêcheur est équipée d’un moteur, d’utiliser une montre manuelle quand les moins chères sont automatiques, de conduire une voiture sans assistance électroniques à l’heure où une petite citadine en est bardée, de faire des photos en noir et blanc comme au bon vieux temps alors que les appareils se perfectionnent de plus en plus, de payer une fortune pour un jeans « usé à la main » dont je ne voudrais pas même pour faire des travaux de peinture, de se passer volontairement de machines quand bien même elles offrent une qualité de travail et une vitesse d’exécution dont aucun homme ne sera jamais capable de s’approcher.
Le luxe c’est donc en quelque sorte le fait de payer plus pour en avoir moins. Sans doute, mais ce n’est pas que cela. Le luxe réside aussi peut être dans l’abondance, le fait de ne manquer de rien et même plus. Oui, mais voilà à force d’en avoir autant qu’on veut, on finit par se lasser. Ce qui est accessible en quantité illimitée perd vite de son intérêt.
Reste à jouer la carte de la qualité. Le luxe c’est d’avoir ce qui est rare. Seulement là aussi. Une fois qu’on possède ce qu’on désirait, tout perd de son intérêt.
Que faire alors ? Innover, découvrir de nouvelles choses, pour renouveler sans cesse l’attention. Sous peine de finir tous blasés.
Le luxe c’est aussi de se distinguer à l’heure où tout le monde s’habille pareil, mange la même nourriture et écoute du R&B. La mondialisation rend paradoxalement le repli sur soi du dernier chic. La « culture mondiale » n’a pas encore gagné.
Mais plus que les toutes les pistes que je viens d’avancer, si le luxe c’était d’avoir le choix. Avoir la possibilité de travailler comme de poursuivre ses études, de mener sa vie de manière telle qu’on la conçoit et ainsi de suite jusqu’aux choses plus anecdotiques.
En relisant ces quelques lignes, je me rends compte que je m’égare complètement. A l’heure où les possibilités sont infinies et notre existence d’une durée limitée, le seul vrai luxe, c’est de pouvoir tout faire et de n’avoir pas à choisir. Un luxe que décidément bien peu peuvent se permettre.
samedi 15 mars 2008
Tous photographes ?
Il est de ces révolutions qui passent pratiquement inaperçues, mais n’en changent pas moins notre rapport au Monde et à autrui. Désormais tout le monde dispose d’un appareil photo sur lui et plus rien ne sera plus jamais pareil.
Si les attentats du 11 septembre avaient pris place en 2008, nul n’aurait pu contester la version officielle devant l’avalanche de vidéos amateurs tournées à l’aide de téléphones portables montrant les impacts et la thèse du complot aurait été tuée dans l’œuf. Seulement voilà, à l’époque les téléphones n’étaient pas encore équipés d’appareil photo, ou du moins cette fonction était-elle encore marginale. Est-il besoin de rappeler que les seules images connues de l’impact des avions dans les tours jumelles du World Trade Center sont le fait des frères Naudet, ce qui permet aux thèses conspirationnistes les plus farfelues sur l’origine de l’effondrement des Twin Towers de prospérer.
On remarque déjà une évolution avec les attentats de Londres en 2005 : les londoniens se rendant au travail et qui étaient dans les rames ont filmé avec leur téléphone portable les premières images des tunnels dévastés par les explosions, bien avant que les journalistes puissent se rendre sur les lieux. Les clichés des suspects arrêtés par la police sont eux aussi l’œuvre d’un amateur qui était au bon endroit au bon moment. Ils furent vendus (à prix d’or ?) en exclusivité à un journal britannique. Depuis, des agences se sont spécialisées dans un rôle d’intermédiation entre citoyens qui prennent des clichés et professionnels de l’information. Les agences de presse traditionnelles commencent elles aussi à comprendre tout le bénéfice qu’elles peuvent tirer d’un partenariat avec les amateurs créateurs de contenus.
Désormais tout un chacun peut immortaliser pour la postérité les petits et les grands événements de la vie quotidienne, quand l’Histoire s’invite au coin de la rue. Cela a de bons côtés, ainsi on les protagonistes d’un accident de la circulation peuvent prendre des clichés de leurs véhicules de manière à couper court à toute contestation. On peut aussi faire profiter ses connaissances de l’ambiance du denier concert auquel on a assisté, encore que je ne sois pas convaincu que le type sur scène soit enchanté de la démarche, mais c’est un autre débat.
Revers de la médaille, il y a fort à parier qu’un automobiliste se serait arrêté dans le tunnel du Pont de l’Alma pour photographier le corps inerte de la princesse Diana. Il n’est toutefois pas nécessaire de se laisser aller à des conjectures pour voir les effets pervers de cette nouvelle technologie. La vie des stars sera de plus en plus invivable, sachant que n’importe quel passant pourra les prendre en photo au restaurant ou même en pleine rue. Le happy slapping, pratique consistant à filmer l’agression physique d’une personne à l’aide d’un téléphone portable, est quant à lui d’ores et déjà une réalité.
En soi, une technologie n’est ni bonne ni mauvaise, tout dépend les gens décident d’en faire. Puisqu’il n’est ni possible ni souhaitable de contrôler en permanence ce que tout un chacun filme ou photographie, nous voila bien obligés de nous en remettre au discernement de chacun.
On est vraiment mal barrés.
vendredi 7 mars 2008
La part de vérité
La place du réel dans les œuvres littéraires refait parler d’elle avec la controverse entourant le livre de Micha Defonseca.
On a coutume d’opposer les ouvrages de fictions aux autobiographies. Pourtant, l’un et l’autre sont tout aussi légitimes. D’ailleurs, la frontière qui les sépare est quelquefois fort ténue. L’autofiction, ce subtil mélange des genres où l’auteur se met en scène dans des aventures qu’il n’a pas forcément vécues est à ce titre sans doute le type de récit le plus troublant. A tel point que le lecteur ne sait plus trop si c’est le personnage qui parle ou l’auteur lui-même qui s’exprime par son intermédiaire et en fait en quelque sorte la voix de son maitre. Certains sont coutumiers du fait, pour d’autres c’est un peu plus ambigu.
En réalité, l’important est moins de dire la vérité que d’être sincère dans sa démarche. Il est inutile de prétendre que tout est vrai dans une histoire quand ce n’est manifestement pas le cas. A l’inverse, pourquoi cacher que certains personnages sont inspirés de personnes en chair en en os ? Il y a du vrai dans la fiction, comme il y a de la romance dans les récits de vie.
Tant qu’on ne prétend pas se substituer à elle, quel mal y a-t-il à arranger la réalité quand elle n’est pas assez belle ? Le danger serait de prétendre rédiger ainsi une « version officielle » de son histoire personnelle, qui ne serait qu’une vision édulcorée ou au contraire noircie à dessein des faits tels qu’ils se sont déroulés.
La tentation de taire ses menus arrangements avec la réalité des faits trouve son origine dans la prétendue supériorité de l’histoire vécue sur l’histoire inventée. Nous sommes tous un peu responsables de cette situation. Il n’y a qu’à voir les rayonnages des librairies remplis à perte de vues des biographies rédigées par le nègre sous-payé de la dernière starlette de seize ans que le public s’arrache. Pourtant, certaines histoires mériteraient plus d’être publiées que la plupart des biographies dont on nous abreuve quotidiennement et dont la qualité est inversement proportionnelle à la notoriété de leurs auteurs.
Tel un funambule en équilibre sur le fil de la vérité, l’auteur risque à tout moment de basculer dans l’abime, entrainant son lecteur dans sa chute. Gare à l’atterrissage…
Je n’ai pas souvenir d’avoir fait vœu de vérité en débutant ce blog, raison pour laquelle j’entretiens volontairement le flou au niveau de ce blog sur ce relève de l’expérience et ce qui découle d’un constat général. La cohérence de l’ensemble impose de braquer les projecteurs sur certains éléments quand d’autres resteront dans l’ombre. Le manque de temps et d’espace impose ces concessions. C’est la loi du genre et je ne m’en excuse pas. Après tout, qui serais-je pour prétendre que tout ce que j’écris forme un ensemble cohérent et publiable en l’état. Je ne peux faire l’impasse sur un tri même sommaire, ce qui implique nécessairement une reconstruction. Et déformer, c’est déjà mentir. Soit. Je dirai seulement pour ma défense que ce que j’ai écrit était le reflet de ma pensée à cet instant précis. Le reste n’est décidément que de peu d’importance.
jeudi 6 mars 2008
Ma vie en code
Où une simple anecdote vécue par l' auteur débouche sur un scénario digne de Matrix.
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Un mot de passe pour accéder à mon ordinateur, un autre pour consulter mes mails et, in fine, un dernier pour accéder à l’interface d’administrateur de ce blog.
Le chemin pour poster ce billet est long et semé d’embûches. Malheur à moi si ma mémoire me trahit au moment d’entrer la combinaison adéquate. Le précieux sésame égaré et c’est le fruit de longues années de travail qui s’envole. A contrario, s’il tombe entre de mauvaises mains, tout un chacun lira en vous comme dans un livre ouvert.
Mais le pire c’est quand c’est l’ordinateur qui semble atteint d’Alzheimer et, pour ainsi dire, ne vous reconnait plus et efface proprement de sa mémoire. Voila à quoi on s’expose à remettre son sort entre les mains d’un être de métal.
Ça n’arrive jamais, me direz-vous. Ah oui ? En êtes-vous si sûr ? Qui à déjà songé à ce qui se passerait si ce sombre dessein se réalisait, si tous les ordinateurs refusaient de répondre à leurs utilisateurs ? Et si la révolte des machines commençait aujourd’hui ?
dimanche 27 janvier 2008
Les princes des villes
Beaucoup de choses ont changé depuis quelques années. Signe des temps, les posters du dernier SUV[1] à la mode ont remplacé les supercars des années 80 dans les chambres des ados, toute leur ambition se résumant à l’acquisition d’un de ces monstres sur quatre roues, à peu près autant à leur place sur l’asphalte qu’une Ferrari sur les pistes du Paris-Dakar.
Un responsable de chez PSA, interrogé au sujet du lancement du nouveau SUV de Peugeot-Citroën le soulignait : les constructeurs ne font que répondre à une demande. Il n’a pas totalement tort. Monsieur Tout-le-Monde ne jure plus que par les mastodontes hauts sur pattes au volant desquels il pourra impunément narguer le commun des automobilistes. Le chef de file et initiateur du mouvement est incarné par le Hummer, véhicule dérivé d’un tout terrain militaire. Voilà qui en dit long sur la philosophie de l’engin. Et si bien peu possèdent finalement ce type de voiture, c’est davantage la conséquence d’un manque de moyens que d’une réelle prise de conscience écologique.
Lourdes du fait de leur transmission intégrale, affligées d’une aérodynamique d’une autre ère et allègrement surdimensionnées, ces autos consomment et polluent davantage que les voitures ordinaires. Mais il y a comme une dichotomie dans l’esprit des gens. Les gens sont de plus en plus sensibles à l’écologie et à en croire les enquêtes réalisées en rue, l’immense majorité d’entre eux se dit prête à faire des efforts en faveur de l’environnement. Pourtant, une fois rentrés chez eux, les mêmes s’endormiront paisiblement, rêvant sans doute d’un 4x4 flambant neuf. L’écart qu’il y a quelquefois de la parole aux actes…
Parce qu’on peut difficilement y échapper, le message effleure même l’esprit des plus obtus : quelle Terre désirons-nous laisser à nos enfants ? La mauvaise conscience qui aurait pu constituer un redoutable frein à l’achat n’étant plus très loin, il devenait donc urgent de trouver une parade. Heureusement, les publicitaires, jamais à court d’idées, sont venus à la rescousse avec un argument massue : la sécurité. Plus hauts donc offrant une meilleure visibilité et équipés de quatre roues motrices, les SUV offriraient plus de sécurité. Oubliées les lois les plus élémentaires de la physique qui font qu’un tel véhicule se mettra sur le toit plus facilement qu’un autre et du fait de son poids supérieur causera plus de dégâts en cas d’accident. Vendre les 4x4 parce qu’ils sont plus sûrs, il suffisait d’y penser. Comme quoi, plus c’est gros, plus ça passe.
J’en viens au second argument traditionnel des amateurs de 4x4 : j’ai nommé la liberté. On domine le trafic, au sens propre comme au figuré, avec l’illusion de pouvoir à tout moment couper à travers champs. La liberté quoi. Sans doute un des vestiges de l’esprit pionnier. Avec les 4x4 dans le rôle du charriot de la conquête de l’ouest. Sauf que le paysage actuel n’a pas grand chose à voir avec celui du Far ouest et que rien ne justifie rationnellement l’utilisation d’un 4x4.[2] Reste le sentiment cher payé de jouer les aventuriers du dimanche bien à l’abri dans son monstre de métal climatisé.
Et si en réalité, plus que le sentiment de liberté qu’il procure, de sécurité ou quoi que ce soit d’autre, l’achat d’un tout terrain était avant tout guidé par une volonté de se couper du monde. Mais la tentative est vouée à l’échec : on peut toujours essayer de placer des centimètres de métal entre soi et la réalité, elle finit toujours par vous rattraper au tournant.
[1] Sport utility vehicule. Autrement dit, une voiture qui a le look baroudeur sans les capacités de franchissement qui vont avec.
[2] Hormis pour quelques professions comme les gardes-forestier…

