samedi 7 mars 2009

L’effet boomerang de l’internet

« Verba volant, scripta manent » dit la locution latine, ce qui se traduit par « Les paroles s’envolent, les écrits restent. » Si les Romains avaient vécu au XXIème siècle, ils auraient pu ajouter que ce qui est publié sur l’internet est gravé à jamais dans la mémoire de serveurs dispersés aux quatre coins du monde.

Boomerang Tout internaute assidu est inscrit à une quantité infinie de sites, forums et services en tous genres. Chacun d’eux nous demande de fournir des informations plus ou moins indiscrètes lors de notre inscription et nous pousse à en dire encore bien davantage au cours de son utilisation. En outre, qu’on le veuille ou non, nous laissons des traces de notre passage à chaque session sur l’internet. Une fois sur la toile, il est difficile de contrôler ce que deviennent ces informations.

Pour peu que vous n’ayez pas pris la peine d’user d’un pseudo, une simple recherche dans Google mettra à jour votre présence sur Facebook ainsi que toutes vos contributions sur les forums du monde entier. Le droit à l’oubli n’existe plus. La raison en est simple : à la différence des individus, la mémoire des ordinateurs n’écrase rien et peut accumuler des données en quantité presque infinie pour les stocker sans limite de temps. Et quand bien même vous effaceriez les données litigieuses, les moteurs de recherche peuvent en conserver une trace bien après leur retrait, raison pour laquelle il est indispensable de se montrer prudent avec tout ce que l’on publie sur l’internet.

Les conséquences d’un comportement laxiste sont en effet difficilement prévisibles, et l’on ne compte plus les exemples d’utilisateurs rattrapés par leur passé numérique au plus mauvais moment, je pense notamment à ce quidam projeté en pleine lumière par un journaliste qui a assemblé bout-à-bout tous les fragments de vie éparpillés sur le web pour publier sa biographie dans un journal ou bien encore aussi au maire de San Francisco, Gavin Newsom, mis en difficulté par une phrase prononcée sur YouTube alors qu’il briguait le poste de gouverneur de Californie. Qui sait si la vidéo de votre dernière soirée arrosée postée sur YouTube ne sera pas un obstacle à votre nomination au poste que vous viserez dans quelques années. De même, il est évident que nous évoluons avec l’âge et n’avons pas forcément envie que nos prises de position deviennent des obstacles bien des années après leur publication. C’est ce que j’appelle l’effet boomerang de l’internet.

Même avec beaucoup de précautions, il est impossible de se prémunir totalement. Alex Türk, président de la Commission exagère à peine lorsqu’il compare notre monde à celui de Big Brother. Pour autant, si des tiers sont capables d’utiliser nos données contre nous, c’est avant tout parce que nous avons été assez négligents pour les y publier. Dans la protection de sa vie privée, le plus grand danger de l’internaute c’est l’internaute lui-même. Nous sommes en train d’abandonner volontairement toute notion de vie privée, sacrifiée sur l’autel de la lutte contre le piratage, le terrorisme et, plus prosaïquement, de notre soif inextinguible de communiquer. J’ai déjà dit que la base de données la plus complète est celle qui est complétée par ses utilisateurs. Facebook est à cet égard un cas d’école : accepterions-nous dans la vie physique de dévoiler notre orientation philosophique, sexuelle ainsi que nos coordonnées personnelles à des inconnus ou presque. L’internet est fondamentalement amoral, tout dépend de ce que les gens en font. Et parce qu’on y rencontre les mêmes personnes que dans le monde physique, il est aussi une source de dangers. Pour tordre le coup à une idée reçue, ce ne sont pas forcément les plus jeunes qui me paraissent les plus vulnérables. Au contraire de leurs aînés, ils baignent dans le monde numérique depuis leur plus jeune âge et sont le plus souvent conscients de ses dangers.

Soyons réalistes : j’ai quelquefois l’impression de lutter contre le courant. Déjà qu’il faut présenter un badge pour prendre les transports en commun, ce qui permet aisément de tracer nos allées et venues, viendra le jour où nous devrons obligatoirement nous munir d’une pièce d’identité pour acheter un pain. On ne pourra peut-être pas empêcher l’inéluctable, mais il ne tient qu’à nous d’en retarder l’échéance. Cela passe par quelques mesures simples, comme se servir exclusivement de son pseudonyme sur l’internet comme d’une identité numérique séparée, que rien ne permet de relier à notre personnalité dans le monde physique. Et si vraiment l’envie nous tiraille de partager nos informations personnelles, en limiter l’accès à un cercle restreint est un moindre mal. Pour que chaque chose reste à sa place : notre avenir devant nous, et le passé dans notre dos.

4 commentaires:

Ink a dit…

Effrayant et pourtant inévitable. Un pseudo ne règle pas tout, j'imagine.Quand la soif de communication prend le pas sur la mesure des risques.

Sarpedon a dit…

Et nous n'en sommes qu'aux balbutiements.

Sammy a dit…

C'est un avis que je partage, hélas. J'ai de plus en plus l'impression que la vie privée est une notion en voie de ringardisation... Quand certains s'en rendront compte, il sera trop tard.

Sarpedon a dit…

Puissé-je quitter le navire avant son naufrage. C'est promis je fournirai asile aux éventuels survivants.